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Lac de Grand-lieu : Le maire de Saint-Aignan détourne les propos de Loïc Marion

Suite aux allégations du maire de Saint-Aignan-de-Grand-lieu, notamment lors du débat radio-télévisé. Loïc Marion, chercheur au CNRS et ancien directeur de la réserve naturelle de Grand-Lieu pendant plus de 20 ans, répond par courrier au détournement de ces propos et aux rumeurs.

 » Monsieur le Maire,

Depuis plusieurs mois, vous ne manquez aucune occasion médiatique, comme hier soir au débat organisé par TéléNantes, Radio France L.A. et Presse Océan, pour véhiculer une rumeur, celle de la nuisance de l’actuel aéroport de Nantes sur la faune du Lac de Grand-Lieu, inventée par le président pro-NDDL des Ailes pour L’ouest, Monsieur Mustière, tout simplement pour contrer l’argument bien réel celui-là que fait peser NDDL sur la biodiversité remarquable de ce site.

Cette rumeur ne repose sur aucune étude, et contredit totalement l’avis de la Direction Régionale de l’Aménagement et de l’Environnement et mes propres observations menées en tant que directeur de la Réserve Naturelle Nationale de Grand-Lieu pendant 24 ans, et chercheur CNRS spécialiste de ce lac depuis 1970, notamment de ses oiseaux.

Voici 40 ans, j’avais déjà fait ce constat de l’innocuité des avions sur la faune du lac, tout en formulant une simple hypothèse de précaution à vérifier si le trafic sur le lac augmentait fortement (incluant les petits avions).

C’était avant que la Réserve Naturelle ne soit créée, laquelle interdit le survol du lac à moins de 300 m d’altitude. Depuis, toutes les populations d’oiseaux du lac sont surveillées en permanence, ce qui a prouvé que cette limite de survol était largement suffisante pour n’entraîner aucune gêne. Et il n’y a jamais eu de largage de kérosène sur le lac contrairement à ce que votre ex 1er adjoint que vous présentez comme naturaliste a prétendu auprès de la Commission Nationale du Débat Public que vous avez pilotée sur les rives du lac, ce qui a représenté une manipulation manifeste de ladite Commission.

Je vous demande donc de cesser de me citer de manière déformée pour soutenir vos allégations. Je sais que vous ne supportez pas la présence de l’actuel aéroport qui contrarie vos projets et ceux de Nantes Métropole d’urbaniser librement une partie importante du périmètre situé entre le lac et Nantes, ce que vous ne pouvez pas faire actuellement à cause du périmètre anti-bruit.

Or ce périmètre complète les protections du lac (Loi Littoral, Site classé), malheureusement limitées aux rives proches du lac, notamment parce que 8 communes sur 9 ceinturant le lac, dont la vôtre, s’étaient opposées au classement du site en 1978. Certes votre commune souffre du bruit, mais tous les habitants de votre commune se sont installés en toute connaissance de cause près de cet aéroport vieux de près d’un siècle. La vocation d’une commune située près de pistes et près d’un lac comme Grand-Lieu n’est pas de développer indéfiniment l’urbanisation sur ces rives.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées.

Loïc MARION »

Le courrier original est visible ici


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Le projet d’aéroport menace aussi la réserve naturelle de Grand-Lieu et ses abords

Loïc Marion (UNIVob_1d7cd9_vue-aerienne-du-lac-lightboxERSITE DE RENNES I, Centre National de la Recherche Scientifique, UMR 6553 Ecobio) est l’un des meilleurs connaisseurs de la Réserve naturelle de Grand-Lieu. Il a tenu à écrire au Président de la commission du Dialogue qui avait fait des déclarations montrant une grande ignorance sur cette question. On attend avec curiosité la réponse de M. Chéreau.

Rennes, le 19 mars 2013

Monsieur Claude CHEREAU Président de la Commission du Dialogue

sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

 

Monsieur le Président,

Parmi les arguments environnementaux présentés en faveur du déménagement de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique de Château-Bougon à Notre Dame des Landes figure en bonne place, notamment de la part des élus (cf. encart publicitaire paru dans les journaux régionaux le 18/12/12), la protection du lac de Grand-Lieu et de sa réserve naturelle « menacée par l’aéroport existant dont elle est mitoyenne ». Je me permets de vous demander de bien vouloir verser aux débats ma présente contribution, faite en tant que chercheur au CNRS, spécialiste de l’écologie de ce lac depuis plus de 40 ans (près de 200 publications), mais aussi en tant que premier directeur de la réserve naturelle de Grand-Lieu (2700 ha) pendant 23 ans (1984-2007), nommé par le ministre chargé de l’Environnement. A ces titres, j’ai activement oeuvré pour la création de la réserve naturelle auprès de l’Etat et du parfumeur Jean Pierre Guerlain qui a fait donation de sa propriété à l’Etat, mais aussi en tant que responsable des dossiers de protection de l’ensemble du lac sur plus de 7500 ha (Réserve naturelle, Site classé, Zone Nationale d’Intérêt Floristique et Faunistique, Zone de Protection Spéciale de la Directive Européenne Oiseaux, Zone Spéciale de Conservation de la Directive Européenne Habitats, Site Ramsar, application de la Loi Littoral dont le lac était au départ exclu, Programme Européen Life Nature ayant permis l’acquisition de 250 ha de marais…). Je crois donc pouvoir affirmer que l’argument concernant les menaces que feraient porter l’actuel aéroport sur le lac de Grand-Lieu est non seulement faux, mais que ce déménagement de l’aéroport aura exactement l’effet inverse.

L’actuel aéroport de Château-Bougon menace-t-il la faune du lac de Grand-Lieu ?

Les avions commerciaux ne gênent nullement la faune du lac de Grand-Lieu puisque son survol s’effectue à plusieurs centaines de mètres de hauteur, bien au-delà des 300 m d’interdiction réglementaire de survol aérien de la réserve. Les oiseaux notamment ne réagissent absolument pas à ces passages auxquels ils sont depuis longtemps habitués (rien à voir avec des hélicoptères). En outre, le survol du lac s’effectue essentiellement en vol d’atterrissage, moteurs au ralenti et pratiquement silencieux avec les avions actuels, tandis que les décollages prennent très vite de la hauteur et généralement bifurquent avant d’atteindre le lac. Je n’ai constaté une gêne des oiseaux qu’à l’occasion des baptêmes de l’air exceptionnels du Concorde. Dans tous les dossiers de protection du lac évoqués précédemment, tout comme dans les ouvrages scientifiques, je n’ai jamais évoqué le moindre problème soulevé par l’aéroport de Nantes-Château-Bougon, bien que ne m’étant jamais privé de dénoncer les multiples atteintes environnementales que subit ce lac.

Y-a-t-il pollution du lac de Grand-Lieu par les avions ?

Concernant la question de la pollution aérienne, je n’ai jamais réussi à avoir confirmation de largages de kérosène en phase d’approche sur le lac, dont l’existence aurait d’ailleurs été immédiatement visible par des irisations sur l’eau. Au contraire, il m’a été indiqué que ces largages concernent essentiellement les aéroports pour lesquels il existe une forte probabilité de liste d’attente à l’atterrissage, pouvant atteindre plusieurs dizaines de minutes comme pour les aéroports parisiens, ce qui oblige les avions à garder une réserve de sécurité pour tournoyer, ce qui n’est pas le cas à Nantes (atterrissage direct). Quand bien même il y aurait largages, ils seraient effectués bien avant le lac, à hauteur élevée, de façon à provoquer une brumisation qui n’a que peu de risques d’atteindre le sol. Enfin, les avions en phase d’atterrissage longent la côte orientale du lac, dans l’axe de la piste, et les vents dominants pousseraient les vapeurs de kérosène hors du lac, tout comme la pollution générée par les moteurs. Tant les études menées pour la constitution du Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux du bassin du lac de Grand-Lieu, que celles que j’ai conduites pendant de nombreuses années sur le bilan entrées-sorties des pollutions sur le lac, n’ont pas mis en évidence une pollution du lac due aux avions. La véritable menace pesant sur ce lac est l’activité humaine, notamment la pollution d’origine agricole sur son bassin versant, qui lui a valu de passer en une trentaine d’années du statut oligotrophe (eaux claires) à celui d’hypereutrophe, dominé par les algues toxiques.

Les menaces environnementales indirectes liées à l’abandon de l’actuel aéroport

A l’inverse, le déménagement de l’aéroport représentera une menace environnementale considérable pour l’avenir de tous les terrains situés entre les pistes et le lac, qui bénéficient actuellement d’une interdiction ou d’une limitation drastique des constructions (Rezé, Nantes, St-Aignan de Grand-Lieu, Bouguenais, Bouaye), reprise dans les POS ou les PLU, qui sera levée puisque leur constructibilité est revendiquée par Nantes Métropole comme argument du déménagement. La superficie totale des terrains concernée par la réglementation sur le bruit concerne 600 ha. La zone tampon entre l’aéroport et le lac en sera gravement altérée. Déjà, la municipalité de Saint-Aignan revendique de pouvoir faire une jonction urbanistique entre le bourg actuel et le lac de Grand-Lieu (cf. l’exposition actuelle en mairie et les projets confiés à des architectes en ce sens), ce qui est totalement contraire à l’esprit de protection des abords du lac suivi depuis plus de 30 ans. Un lotissement de 125 maisons est déjà programmé. Quid également de la zone militaire aéroportuaire importante protégeant actuellement le parc et les bois du château de Bougon, en limite de pistes (le château servait au logement des gendarmes de l’aéroport), qui constitue de par sa fermeture totale au public une réserve naturelle de fait ?

Les effets pervers indirects du déménagement de l’aéroport actuel à Notre Dame des Landes

Au-delà de l’emprise immédiate du lac, la création de l’aéroport de Notre Dame des Landes pourra avoir des effets environnementaux indirects sur l’avifaune du lac, en nécessitant la construction d’un troisième pont sur l’estuaire de la Loire. Le Conseil Général de Vendée, mais aussi les gestionnaires du Puy du Fou, en font une condition à la création de l’aéroport, et préconisent un pont à hauteur du Carnet, c’est-à-dire dans l’une des zones biologiques majeures de l’estuaire de la Loire, qui accueille en alimentation non seulement les oiseaux d’eau hivernant sur l’estuaire (cf. études conduites pour le Grand Port Maritime de Nantes-St-Nazaire et par le GIP Loire Estuaire par mon laboratoire), mais aussi une partie des oiseaux d’eau tant hivernants que nicheurs du lac de Grand-Lieu. Chaque jour ou chaque nuit, des milliers d’oiseaux du lac se rendent sur cette zone pour s’alimenter.

En conclusion

Les impacts directs futurs du déménagement de l’actuel aéroport sur l’urbanisation de terrains périphériques actuellement inconstructibles donc maintenus naturels, notamment les terrains situés entre l’aéroport et le lac de Grand-Lieu, mais aussi l’impact sur l’avifaune du lac et celle de l’estuaire de la Loire de la construction inévitable a terme d’un nouveau franchissement de cet estuaire, devraient être inclus dans le coût environnemental du projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Dr Loïc MARION

Chercheur CNRS