Naturalistes en lutte

Les informations des Naturalistes en lutte à Notre-Dame-des-Landes


Poster un commentaire

Libre accès aux données

Le monde vivant de la ZAD ne sera pas enseveli sous le béton. Notre travail d’inventaire et d’analyse qui a participé à cette victoire ne doit pas rester dans nos carnets. L’ensemble des données, répertorié et cartographié, est à partir d’aujourd’hui en libre accès via les liens de téléchargement ci-dessous pour que cette connaissance soit utile à la protection des milieux naturels et des espèces.

D’autres menaces de destruction sont toujours présentes : l’agriculture intensive, l’urbanisation inadéquate, les nouvelles énergies mal implantées, …. Nous continuons donc à travailler sur l’après, car celui-ci ne doit pas se faire sans la prise en compte de l’ensemble des êtres vivants sur ce territoire si riche. 

N’hésitez pas à faire vivre ces données, en les complétant par de nouveaux inventaires, en veillant au respect des milieux de vie (haies, mares, prairies, boisements,….) de ces espèces en grande partie protégées et en vérifiant qu’elles soient bien prises en compte dans les futurs documents officiels de tout type actuellement et à l’avenir… .

Restons vigilants !

Les Naturalistes en luttes

 

Pour télécharger le rapport :

Rapport bilan inventaire ZAD

Pour télécharger les couches SIG (on vous recommande Qgis pour les lire)

Couches SIG

colibri2

 

Publicités


Poster un commentaire

Urgence espèces protégées en danger

Madame La Préfète,

Nous attirons votre attention sur les différentes maisons évacuées ces derniers jours, à savoir Le Phénix, La Freusière, Les Domaines, et qui seraient vouées à destruction.

Nous avons observé la présence de Lézards des murailles (Podarcis muralis) sur les murs des trois habitations, d’Hirondelle rustique (Hirundo rustica) en pleine nidification aux Domaines et à la Freusière ainsi que la présence de chiroptères, objectivé par la présence de guano sous les combles et l’observation directe en sortie de toit à la tombée de la nuit de Pipistrelle sp. (Pipistrellus pipistrellus) aux Domaines et au Phényx.

Ces espèces sont protégées par la réglementation au niveau européen : Directive Habitat, annexe II et V pour les chiroptères et le lézard des murailles et la Directive Oiseaux pour l’hirondelle rustique ;  au niveau national : article 2 de l’arrêté du 23 avril 2007 pour les chiroptères , article 2 de l’arrêté du 19 novembre 2007 pour le lézard des murailles et article 3 de l’arrêté du 29 octobre 2009 pour l’hirondelle rustique.

Pour rappel (non exhaustif) :

Pour les espèces d’oiseaux  :
I. ― Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps :
la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des œufs et des nids ;
― la destruction, la mutilation intentionnelles, la capture ou l’enlèvement des oiseaux dans le milieu naturel ;
la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la période de reproduction et de dépendance, pour autant que la perturbation remette en cause le bon accomplissement des cycles biologiques de l’espèce considérée.
II. ― Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux.

La Freusière et les Domaines : nids d’Hirondelle rustique (21/05/2018)

Pour les espèces de mammifères  :

I. – Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel.

II. – Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente, ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux.

Capture d_écran 2018-05-24 à 09.57.46

Les Domaines, guano de chiroptère (21/05/208)

Pour les espèces d’amphibiens et de reptiles  :

I. – Sont interdits, sur tout le territoire métropolitain et en tout temps, la destruction ou l’enlèvement des oeufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel.
II. – Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Ces interdictions s’appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l’espèce considérée, aussi longtemps qu’ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l’altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques.

Capture d_écran 2018-05-24 à 09.57.59

Les Domaines, Lézard des murailles (21/05/2018)

Le respect de l’application du droit vous incombe en tant que représentante de l’état.

La destruction des habitats des espèces protégées amplifierait encore l’érosion de la biodiversité qui est restée préservée ces 50 dernières années, et inventoriées au cours des cinq années passées par les Naturalistes en lutte.

Bien cordialement, 

Les Naturalistes en lutte


1 commentaire

Arrêtez le massacre !!

KODAK Digital Still Camera

Les gendarmes mobiles entourent ce matin la forêt de Rohanne et ses annexes. Après avoir visité la partie est de la zad ravagée par l’attaque de début avril, nous connaissons d’avance les conséquences de cette intervention dans une zone boisée et sensible sur le plan écologique : ornières très profondes (parfois plus d’un mètre), haies et talus détruits, arbres arrachés, cabanes à faible impact écologique transformées en tas d’ordures par la « déconstruction » à coup de pelleteuse lourde et de bulldozer.

Tout ceci alors que malgré des agressions répétées le dialogue n’a jamais été interrompu, que le projet collectif et écologique de la zad est largement explicité et que bon nombre de ses acteurs et actrices se sont nommée.e.s.

Il faut aussi se rappeler que tout au long du bras de fer contre le projet d’aéroport, les différentes personnes composant le mouvement d’occupation ont montré un souci constant de leur impact écologique malgré les fortunes diverses de cet épisode.

Les sollicitations fréquentes des Naturalistes en lutte à divers sujets en témoignent. Ainsi, une véritable déconstruction des rares cabanes situées dans les zones les plus sensibles était envisageable. Ces habitats légers n’auraient, à cette condition, laissé aucune trace.

Ces destructions en pleine période de nidification des oiseaux et de reproduction pour la plupart des espèces sauvages du site s’accompagnent bien entendu d’un nuage de gaz lacrymogène et d’un grand nombre de grenades explosives. Nous connaissons les conséquences de ces batailles lourdement équipées en terme de pollution chimique et sonore, fatale à un certain nombre d’animaux et gâchant le travail agricole pour longtemps.

KODAK Digital Still Camera


Poster un commentaire

L’utopie naturaliste contre la dystopie étatique

parution du volet agricole du Plan Biodiversité (loi Hulot)

Voir la vidéo : ICI

Madame la Préfète, Monsieur le Ministre,

Le 20 mars 2018, deux laboratoires scientifiques de l’État (le Muséum National d’Histoire Naturelle et le CNRS) alertaient l’opinion publique sur la disparition vertigineuse des oiseaux des campagnes françaises, concomitante de l’intensification des pratiques agricoles de ces 25 dernières années. Dès le lendemain, 21 mars 2018, Monsieur le ministre, vous avez demandé un « sursaut d’indignation » à l’Assemblée nationale face à la disparition de la biodiversité et vous avez annoncé que vous présenteriez un « plan biodiversité » dans quelques semaines. 

Notre collectif, les Naturalistes en Lutte, composé de naturalistes bénévoles et salarié.e.s de diverses associations de protection de la nature, de scientifiques et d’experts dans des domaines écologiques variés, a œuvré pour remettre la biodiversité au cœur du débat sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il a apporté une expertise naturaliste indépendante1, en complément des études exigées et notifiée aux bureaux d’études spécialisées. 

Nous avons pu consulter en primeur votre « plan biodiversité » (notamment son volet agricole) annoncé en mars 2018.

Évacuation de la ZAD

Avant de souligner en quoi ce plan permettra de protéger la biodiversité, nous souhaitons revenir sur un fait marquant et courageux : nous vous remercions d’avoir empêché l’évacuation de la ZAD par les gendarmes au début du mois d’avril 2018, quelques jours après votre discours à l’Assemblée nationale. Cela aurait pu avoir comme conséquence de détruire des projets agricoles visant la préservation et la restauration de la biodiversité. Vous avez aussi compris que les opérations militaires annoncées auraient pu entraîner la destruction d’espèces protégées, l’altération profonde d’habitats naturels fragiles par des engins de chantier ou encore la pollution des terres et des milieux aquatiques, par les gaz lacrymogènes notamment.

Plan biodiversité

Monsieur le ministre, nous saluons votre « plan biodiversité » et Madame la préfète, nous saluons votre initiative de proposer en site expérimental le site de Notre-Dame-des-Landes, dédié initialement au néfaste et passéiste projet d’aéroport.

Depuis plus de cinquante ans, en France, des réglementations et des lois visent la préservation de la biodiversité. Pourtant celle-ci est toujours en déclin, montrant ainsi leur inefficacité. Une majeure partie du territoire national étant agricole, la biodiversité ne peut être préservée qu’à condition que les pratiques agricoles en soient respectueuses. C’est pourquoi vous avez décidé que le premier volet du « plan biodiversité » serait agricole. 

Monsieur le ministre, vous l’avez doté d’objectifs ambitieux en intégrant notamment le système « agriculture » et « biodiversité » au cœur de notre modèle économique. En soutenant et encourageant – nous vous citons, « tous les modèles agricoles basés sur le respect de la nature (absence d’intrants chimiques, limitation des produits vétérinaires au strict minimum, respect de l’intégrité des écosystèmes et des espèces qui y vivent, etc ) » et sur « le respect des êtres humains (produits sains, circuits courts, solidarité, répartition des ressources pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux métiers agricoles et para-agricoles, etc.) » -, votre plan permettra sans aucun doute de résoudre de nombreux problèmes environnementaux et sociétaux. 

Notre-Dame-des-Landes en site pilote

Madame la préfète, sachant toutes les espèces protégées (et leurs habitats) présentes sur place et l’impact que pourrait avoir une agriculture intensive sur la biodiversité, et en tant que garante du respect des lois (notamment les articles L411-12 et suivants du code de l’environnement), vous avez proposé que le site de la ZAD devienne un site pilote sur l’ensemble de l’emprise de l’ancien projet aéroportuaire ainsi que sur les surfaces de compensation prévues. En effet, vous avez considéré, et à juste titre, que l’agrandissement des structures agricoles voisines et la mise en œuvre du modèle agricole intensif, pratiqué dans l’Ouest de la France, entraîneraient une érosion de la biodiversité sur cette zone. 

Vous avez noté la chance que constituait une telle zone, sauvegardée au milieu d’un des secteurs de production laitière les plus intensifs en France, remarquable aussi bien en matière de diversité biologique qu’en termes de faible fragmentation des milieux préservés, ce qui en fait un site unique. 

Vous avez ainsi reconnu le travail des Naturalistes en lutte qui a permis de montrer, depuis 2013, que le territoire de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est un espace de nature exceptionnel : zone humide reliant deux bassins versants3 – la Loire et la Vilaine – avec des eaux de surface en bon état de conservation, elle présente une mosaïque de milieux, une densité exceptionnelle de haies, de mares et de prairies naturelles. Il en résulte une diversité d’espèces4 de faune et de flore et une densité des populations uniques dans l’Ouest de la France. C’est particulièrement le cas pour certains batraciens (Grenouille agile, Triton marbré), lézards (Lézard vivipare) et des oiseaux ici encore communs, contrairement à d’autres espèces du département. Ce territoire est aussi un réservoir d’espèces de faune et de flore protégées5.

Vous avez résisté à l’influence de la chambre d’agriculture et de son syndicat majoritaire, la FNSEA, qui promeuvent un modèle d’agriculture intensive et dont la violence des déclarations contre les initiatives favorables à l’environnement va grandissante. Comme cela ne peut vous avoir échappé, ce modèle est en effet en bout de course, responsable d’impacts très importants pour la société (impact sanitaire, érosion de la biodiversité, impact social, etc). Vous saviez qu’ils voulaient obtenir l’imposition de leur modèle passéiste et destructeur sur ce site extraordinaire et vous n’avez pas succombé a leurs pressions.

Le bénéfice écologique

Monsieur le ministre vous avez inscrit une notion juridique positive très importante dans le « plan biodiversité », celui de « bénéfice écologique », faisant ainsi écho à la notion trop négative de « préjudice écologique » du code civil. Nous avons souri au pied-de-nez que vous avez fait à l’ancien président de région, M. Retailleau, fervent défenseur de l’aéroport, qui avait contribué à faire rentrer le préjudice écologique dans le code civil mais jugeait aussi l’écologie trop souvent comme punitive. 

Madame la préfète, vous avez su reconnaître que la ferveur des militant.e.s qui a empêché le projet d’aéroport avait permis par la même à l’État de préserver la biodiversité qui y est fortement documentée. Vous avez en ce sens demandé à ce que la ZAD soit déclaré « site pilote » pour accompagner ces militant.e.s dans leur expérimentation et ainsi les remercier pour leur action passée, à ce point méritante et salutaire que force est de reconnaître qu’elle entre dans le champ d’application du « bénéfice écologique ». Nous saluons cette initiative. D’aucuns pensent que vous avez pris cette initiative pour ne pas être tenue responsable de « préjudice écologique » par rapport aux articles 12466 et suivants du code civil. Nous tenons à vous dire que nous ne sommes pas de ceux-là.

Nous tenions donc à saluer vos initiatives qui visent à encourager et faciliter des modèles agricoles respectueux et créateurs de biodiversité développés par les militant.e.s ZADistes.

Gains de biodiversité

Hélas, au-delà de la politique fiction et d’une lettre de louanges que nous aurions aimé vous adresser réellement, c’est malheureusement avec écœurement que nous constatons que la seule réponse de l’État face au projet collectif, riche de nombreux acteurs (occupants, agriculteurs, naturalistes, artisans, architectes, etc.), se proposant de sauvegarder cette zone fragile, est la répression aveugle et disproportionnée.

Monsieur le ministre, vous avez dit avoir honte de la situation déplorable de la biodiversité de nos campagnes du fait des pratiques agro-industrielles, mais vous semblez bien la conforter au vu des dégâts commis depuis quelques semaines par les forces de l’ordre sur la ZAD : destruction de haies, de cultures, de prairies, arrachage d’arbres dans de très nombreux boisements, sans compter la pollution des sols et des ruisseaux par l’armement chimique, et cela pour une durée indéterminée.

Votre discours portant sur cette zone se limite à incriminer un mouvement très divers que vous résumez injurieusement « à une bande d’anarchistes ». A ce sujet, si Anarchie il y a, c’est plutôt à celle d’ Elisée Reclus et de sa vision de la relation entre l’Homme et la nature que, pour notre part, nous nous référons.

Nous, Naturalistes en Lutte, considérons la sauvegarde de la biodiversité et des pratiques agro-environnementales comme un bien commun de l’humanité, qui de surcroît, ne peut se gérer de façon cohérente selon nous, que dans son ensemble et collectivement par les habitant.e.s de la zone.

Nous prenons acte alors de votre adoption d’une posture de dédain envers ceux qui vous mettent face à vos responsabilités. Mépriser et détruire par l’usage de la force étatique montre la limite de la démocratie que vous incarnez alors que des négociations responsables et apaisées pourraient amener à la réalisation d’un modèle agro-environnemental nouveau et prometteur, que vous espérez d’un côté et détruisez par l’autre. 

Ce mouvement est bien conscient de la sixième extinction des espèces et fait partie de ceux qui ne « s’en fichent pas », soyez-en conscient ! Nous pouvons vous délivrer de la honte qui semble vous accabler7, car nous revendiquons réellement la nécessité de faire communauté avec le vivant qui nous entoure.

C’est la raison de notre accompagnement et investissement aux projets agricoles des « ZADistes », des agriculteurs et agricultrices historiques afin qu’ils puissent générer un réel gain de biodiversité sur le site de Notre-Dame-des-Landes (conseils, plans de gestion, etc.). Nous accompagnons aussi des projets qui n’ont pas de vocation agricole mais qui sont indispensables au bon fonctionnement écologique de la zone de part leurs services écosystémiques rendus. Les mesures de gestion proposées sont déjà en œuvre pour certaines, d’autres sont et seront programmées. Des gains de biodiversité sont déjà constatés localement et cette dynamique positive va se poursuivre.

Vous pouvez compter sur nous pour supplanter les futures candidats aux soi-disant projets de biodiversité qui ne manquerons pas de se manifester, ce qui permettra ainsi une économie substantielle à l’État. Sachez aussi que nous le faisons et ferons en toute indépendance financière, sans lien quelconque avec le secteur marchand. C’est ainsi qu’en aucun cas, les entreprises ne pourront utiliser le site de Notre-Dame-des-Landes pour justifier, par un marché et ses dérives mercantiles corollaires, des mesures compensatoires dont nous récusons fondamentalement le principe, le droit à bétonner sur d’autres secteurs, et ainsi s’acheter facilement une conscience écologique à faible coût.

Veuillez, Madame la préfète, Monsieur le ministre, recevoir tous nos encouragements pour la reconquête réelle de la biodiversité en France et plus particulièrement à Notre-Dame-des-Landes,

Le collectif des Naturalistes en Lutte, mai 2018

1 Penn Ar Bed n°223/224 Spécial Notre-Dame-des-Landes : Inventaires naturalistes

2 « conservation de sites d’intérêt géologique, d’habitats naturels, d’espèces animales ou végétales et de leurs habitats ». À ce jour, 11 habitats d’intérêts communautaires, avec une grande diversité d’herbiers aquatiques, des prairies oligotrophes (37 ha), des landes humides, un réseau de plus de 200 mares, un maillage de haies le plus dense des Pays de la Loire (120 ml/ha)

3 Zone donnant naissance à 9 cours d’eau, dont 7 sur le bassin versant de la Vilaine et 2 sur le bassin versant de la Loire

4 À ce jour, plus de 2000 espèces inventoriées

5 À ce jour, 146 espèces protégées détectées, dont 10 espèces inscrites à l’annexe II de la Directive habitats nécessitant la désignation de Zone Spéciale de Conservation

6 « Toute personne responsable d’un préjudice écologique est tenue de le réparer. »

7 cf. discours à l’Assemblé National du 21 mars 2018.


1 commentaire

Une opération militaire contre des modes de vie et contre la nature !

DSC00009

L’attention portéà la préservation de la faune et de la flore est souvent négligée lors des conflits armés. Depuis maintenant plus d’une semaine, le gouvernement, totalement déconnecté des réalités du vivant, a lancé une opération militaire sur la ZAD avec plus de 2 500 hommes, en plein printemps. Cette opération a notamment pour objectif d’éradiquer un ensemble de projets originaux innovants combinant social, paysannerie et écologie.

Depuis 2013, les Naturalistes en Lutte et les habitants de la ZAD, travaillent ensemble, à travers un processus de dialogue et d’échanges de connaissances et de compétences, à la mise en place d’activités centrées sur une agriculture respectueuse de son environnement. Ces pratiques expérimentées sur Notre-Dame-des-Landes, proposent un autre modèle de vie où homme et nature cohabitent. Ces expérimentations sont dune grande richesse et montrent lexemple dans un monde outrageusement artificialisé sous le joug d’une agriculture dévastatrice ignorante des équilibres biologiques.
Tout cela pourrait être désormais remis en cause par l’expulsion d’une partie des habitants de la ZAD et la volonté de l’état de diviser ce projet collectif.

Au regard du respect du vivant, tout naturaliste ou amoureux de la nature ne peut être qu’indigné par cette intervention militaire brutale et disproportionnée. En effet, comme chacun le sait, ou devrait le savoir, (mais cela ne semble pas être le cas pour quiconque dans ce gouvernement), avril est un mois décisif pour la plus grande partie des populations d’espèces animales et végétales. Décisif, car c’est à cette époque de l’année que les végétaux déploient leur feuillage et se couvrent de fleurs accueillantes pour les butineurs. Décisif car, pour la faune, c’est le temps des amours et de la naissance des jeunes qui assureront le maintien et la survie de l’espèce pour les années futures. C’est aussi la pleine période de l’arrivée des passereaux migrateurs comme les fauvettes à tête noire et les rossignols, dont la densité dans ce bocage est exceptionnelle par rapport au reste des zones d’agriculture du département.
Mais on ne peut estimer finement les conséquences de cette nouvelle opération militaire sur la faune et la flore en raison :

– de la difficulté d’accéder aux zones d’opérations pendant les affrontements ou le déploiement militaire ;

– de la disparition rapide des cadavres, dévorés ou emportés par un prédateur charognard (corvidés, renard, par exemple) ;

– de la difficulté de mettre en place des protocoles de suivi et d’activer un réseau prolongé et efficace d’observateurs.

Néanmoins, sur la foi d’experts et de quelques observations sur place, un certain nombre d’éléments peuvent être dégagés :

Un risque fort de destruction direct de la faune et de la flore …

…dû au déplacement répété de milliers d’hommes et de centaines de véhicules de plusieurs tonnes dans les chemins, les prairies, les lisières et les zones de culture. C’est ainsi que des opérations nocturnes comme celle qui démarra à 3 h du matin le premier jour d’occupation militaire, (ont pu) peuvent entraîner une forte mortalité chez les batraciens (grenouille agile, crapaud commun, …), particulièrement lors des premiers jours humides lorsque ces espèces se déplacent à travers les routes et les champs, principalement la fameuse RD281. Le passage répété des véhicules et des militaires, notamment dans les ornières oùsont présentes de nombreuses jeunes salamandres, a pu très probablement entraîner la destruction de nombreux individus. Le passage d’engins dans les prairies, lisières ou bosquets a également pu provoquer l’écrasement de micro-mammifères tels que des campagnols, musaraignes ou hérissons. Les destructions des bâtiments en bois a certainement entraîné, au mieux un dérangement considérable, au pire la mort des chauves-souris ou des lérots les occupant… .

ll n’est par ailleurs pas exclu que certaines détonations et que le dérangement aient entraînés des arrêts cardiaques, par exemple chez certains petits mammifères au métabolisme élevé (petits rongeurs et autres insectivores, mustélidés, etc…).

Un dérangement en pleine période de reproduction :

Pour toutes les espèces et en particulier pour les oiseaux, les conséquences consécutives au dérangement peuvent être très graves. En effet, les détonations multiples qui parfois se suivent pendant plusieurs dizaines de minutes, à différentes périodes de la journée, le bruit du déplacement des véhicules et les cris, lors des affrontements, perturbent indubitablement les oiseaux chanteurs présents dans les haies. Les mâles chanteurs peinent à défendre leur territoire et à attirer les femelles, avec pour conséquence un épuisement des individus et laffaiblissement du succès dans la formation de couples nicheurs. Si des oiseaux étaient déjà nicheurs, ces dérangements répétés peuvent entraîner l’abandon des nids, voire des nichées. Il n’est pas certain que les parents puissent effectuer une ponte de remplacement si les opérations devaient se prolonger. Sans compter les effets du stress qui ne sont pas sans conséquence sur les capacités reproductives des oiseaux. Il est avéré qu’un nid de chouette hulotte était établi dans une des cabanes qui a étédétruite. Elle était pour cette raison précise délaissée par son habitante humaine ! Enfin, dans des milieux périphériques de la ZAD, déjàsaturés ou dégradés, il est peu probable que les espèces perturbées pourront trouver leur place. Le même constat peut être fait au niveau du lézard vivipare et des reptiles connus sur le site dans des densités exceptionnelles.

Un impact chimique manifeste

À côté de l’impact physique, il faut bien sûévoquer l’impact chimique des armes utilisées par les militaires, notamment celui des gaz lacrymogènes qui ont été utilisés massivement tous les jours. Une grenade lacrymogène peut recouvrir une surface de 800 m² d’un nuage irritant déployé sur une hauteur de 3 à 5m. Bien que leur composition chimique ne soit pas parfaitement connue, nous savons que les gaz produits contiennent du ChlorobenzylideneMalononitrile(CS) de faible toxicité pour les êtres humains puisque les concentrations sont calculées pour être au moins 2 600 fois plus faible que la concentration létale. Mais le poids d’un insecte, d’un oiseau, d’un amphibien, d’une chauve-souris ou d’une musaraigne n’est pas celle d’un homme ! Ainsi, le rapport de masse corporelle entre un homme de 70 kg et un pouillot véloce de 9 g, est de 7 700 environ, sans compter un métabolisme bien plus élevé que chez l’homme. Nous sommes donc particulièrement inquiets quant aux effets néfastes de ce gaz sur la mortalité notamment de cette espèce dont les mâles laissent entendre leur tchiff-tchaff si caractéristique tout le long des haies du chemin de Suez en ce moment. Ce qui est valable pour les oiseaux est bien sûr valable aussi pour les autres animaux présents.

Mais l’action du CS, ne s’arrête pas là, car une fois dans l’atmosphère, il peut se retrouver à la fois sous forme de vapeur et de particules. Si les vapeurs sont dégradées rapidement par les rayons du soleil (UV) avec une demi-vie d’environ 110 heures, des particules peuvent néanmoins se déposer au sol . Sur un sol sec ou humide le gaz n’a pas tendance à se volatiliser et peut donc rester actif pendant cinq jours voir 45 jours s’il a étéen mélange avec un anti-agglomérant (CS1 ou CS2). Le CS2 par exemple empêche la molécule d’entrer en contact avec l’eau et permet ainsi au mélange de rester actif plusieurs semaines. Or nous savons tous que lors de la première semaine dintervention le temps était humide et pluvieux .

Si le mécanisme d’action de ce gaz est encore incomplètement compris, chez l’homme, à forte concentration et exposition prolongée il peut entraîner des perturbations gastro-intestinales, ainsi que des œdèmes pulmonaires après 12 à 24 heures, et une pneumonie chimique peut également se produire après 24 heures.

Nous avons donc affaire à un composé extrêmement toxique pour des organismes de faible masse corporelle qui peuvent être contaminés, soit par inhalation, soit par ingestion d’aliments contaminés soit, comme pour les amphibiens par contact avec la peau. Depuis deux semaines, tous les niveaux trophiques de la faune sont confrontés à une accumulation de déchets toxiques qu’ils vont absorber d’une manière ou d’une autre, contaminant l’ensemble de la chaîne. Chez les oiseaux dont même les espèces granivores nourrissent leur jeunes avec des insectes, cette contamination est d’autant plus dramatique qu’elle intervient en pleine période de reproduction et risque de compromettre la survie des juvéniles. Enfin le sol de Notre Dame, particulièrement humide, accumule ainsi des polluants qui seront dirigés dans bien des situations vers les fossés, les ruisseaux et les mares.

Chimique mais pas que … :

Les grenades de désencerclement utilisées en surabondance (en dehors de leur doctrine d’emploi réglementaire bien circonstanciée de ce que nous en savons) sont une autre cause possible de mortalité ou de blessure : en effet ces grenades projettent des plots en caoutchouc (18) et des résidus métalliques (voir les nombreuses blessures relevées par les équipes médicales de la ZAD) dans un rayon de 10 m autour de l’impact. Pire encore, leur onde de choc génère un impact sonore qui dépasse les 150 dB ! En outre, les effets dépressifs de certains types de grenade sont susceptibles d’affecter les chauves-souris présentes dans les boisements.

Une pollution du site avérée

Enfin, qu’en est-il des 48 000 capsules plastiques de gaz lacrymogènes ( 8 000 grenades utilisées contenant 6 capsules chacune, sans compter les dizaines de milliers de fragments des 3 000 grenades de désencerclement) disséminées un peu partout et dont une partie seulement a étéramassée par les zadistes (mais jamais par les militaires !) et des dizaines de milliers de fragments plastiques dispersés par les grenades. Le gouvernement a-t-il prévu d’envoyer ses 2 500 militaires faire une véritable opération de nettoyage (cette fois dans le bon sens du terme) après la fin des opérations ? Opération qui devra être menée dans les plus brefs délais avant que la végétation ne se referme sur tous ces déchets ou qu’ils ne s’enfoncent inéluctablement dans le sol. Pour mémoire, un déchet plastique peut mettre plus de 1 000 ans avant de disparaître.

Cette situation d’affrontement a eu aussi pour effet d’inciter à brûler des pneus et des carcasses de voitures, l’ensemble des fumées et résidus qui se redéposent ensuite sur la végétation sont également très toxiques.

Il nous a été rapporté plusieurs cas d’animaux trouvés morts (hérissons, lapin, blaireau, …) sur la ZAD depuis le début des opérations militaires. Si nous n’avons pu vérifier les causes de la mort, ces observations sont inquiétantes. Nous invitons toute personne observant un cadavre d’animal, dans les prochains temps à nous en faire part (espèce, date, localisation précise).

En conclusion, le gouvernement, en lançant cette opération militaire en pleine période de reproduction démontre encore une fois son plus profond mépris pour la protection de la biodiversité. Alors que le ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, s’indigne en public que la disparition de 30 % des oiseaux et de 80 % des insectes en quelques décennies n’intéresse personne, il semble que les conséquences réelles que font peser ce typed’opération militaire sur la faune ne l’intéresse pas lui non plus !


Les Naturalistes en Lutte


1 commentaire

Colère écologiste !

La destruction brutale de la ferme des 100 noms, défendue pacifiquement, et la résistance des vraies-rouges, lieu de maraîchage et de production de plantes médicinales, et accessoirement terrain d’une maison présente avant le projet d’aéroport, suggèrent une réalité que l’on n’a pas envie de comprendre : pour défendre un projet véritablement agro-écologique et solidaire, il faut oser tenir une barricade. Autrement dit, pour ne pas avoir à tenir une barricade, il faut se fondre dans l’agro-écologie pilotée par le Gouvernement.

Cette dernière a cependant un grave défaut : elle est strictement, et de plus en plus ouvertement, subordonnée au commerce (surtout au grand commerce bien sûr) et au profit personnel. L’écologie officielle s’arrête (les exemples abondent) là où elle gêne, ne serait-ce qu’un peu, un projet « économique ». Le refus strict de la destruction d’une plante protégée ou de l’habitat d’un animal rare (qui un jour prochain sera l’abeille) passe pour une radicalité inadmissible.

Les parties les plus conciliantes de la lutte contre l’aéroport ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire penser qu’une écologie réelle pouvait être pratiquée en accord avec le Gouvernement actuel. Le déploiement de force militaire d’une échelle inédite dans la métropole ruine ces efforts désespérés et confirme que la protection de la nature est interdite quand elle est strictement appliquée et quand – crime suprême – elle s’organise localement, collectivement, solidairement, avec les habitant.e.s de la zone dans une vie simple et écologiquement soutenable. Visiblement, dans le monde actuel, la défense de l’environnement passe aussi après le désir de pulvériser toute forme d’alternative, même et surtout quand elle est constructive et organisée.

Je suis très concerné personnellement par l’écologie mais ce discours serait tout aussi vrai en remplaçant « nature » par « solidarité envers les personnes défavorisées » ou « santé » ou « art » ou « vie rurale » ou « droits humains » ou « réfugié.e.s ».

Ceux qui y voient des calomnies sont invités à le prouver en mettant fin immédiatement à l’opération de destruction des habitats de la ZAD et en donnant une ouverture immédiate aux initiatives qui s’y développent, en conformité à ce qui était prétendu jusqu’à la semaine dernière.

Jean-Marie, botaniste en colère et Naturaliste en lutte


Poster un commentaire

EXPULSION DE LA ZAD DE NDDL ET DES 100 NOMS – LA PRÉFÈTE DE LOIRE ATLANTIQUE VA DEVOIR S’EXPLIQUER DEVANT LA JUSTICE

 

LE 12 AVRIL À 9 HEURES

Un rassemblement est appelé devant le tribunal en plus de l’appel quotidien à se rendre sur la zad.

Un habitant de la ZAD de Notre Dame des Landes, résidant depuis plusieurs années au lieu dit « Les Cents Noms », a assigné en urgence Madame Nicole Klein, préfète de la Loire Atlantique, devant le Tribunal de grande instance de Nantes, pour faire constater
l’illégalité de son expulsion de son domicile.

Le Président du Tribunal de grande instance a fait droit à la demande de ses avocats pour qu’une audience se tienne au plus vite : elle aura lieu le 12 avril à 9 heures, alors que les expulsions sur la zad se poursuivent.

En février 2013, en janvier et septembre 2016, il s’était fait connaître auprès des propriétaires successifs de la parcelle qu’il occupait. En mars 2018, il a de nouveau signalé sa présence auprès de la préfecture de Loire-Atlantique. Malgré ses nombreuses demandes, il n’a eu aucune réponse et n’a jamais pu bénéficier d’une
procédure contradictoire.

Le 9 avril 2018 au matin, il était expulsé de son domicile par les forces de l’ordre accompagnées d’un huissier qui ne daignait même pas lui donner copie de la décision qui aurait autorisé son expulsion. La maison des 100 noms, ainsi que la bergerie attenante étaient démolies dans la foulée.

Une expulsion dans ces conditions, hors de tout cadre légal, porte atteinte à ses libertés fondamentales et notamment le droit à un procès équitable, le droit de propriété, le droit au respect du domicile.

Elle est en outre manifestement irrégulière et constitue une voie de fait qu’il est demandé à la Justice de sanctionner.

ALors que ces expulsions se poursuivent dans les mêmes conditions sur la zad de Notre-Dame-des-Landes, la préfecture va devoir s’expliquer ce jeudi devant la justice.