Naturalistes en lutte

Les informations des Naturalistes en lutte à Notre-Dame-des-Landes


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Urgence espèces protégées en danger

Madame La Préfète,

Nous attirons votre attention sur les différentes maisons évacuées ces derniers jours, à savoir Le Phénix, La Freusière, Les Domaines, et qui seraient vouées à destruction.

Nous avons observé la présence de Lézards des murailles (Podarcis muralis) sur les murs des trois habitations, d’Hirondelle rustique (Hirundo rustica) en pleine nidification aux Domaines et à la Freusière ainsi que la présence de chiroptères, objectivé par la présence de guano sous les combles et l’observation directe en sortie de toit à la tombée de la nuit de Pipistrelle sp. (Pipistrellus pipistrellus) aux Domaines et au Phényx.

Ces espèces sont protégées par la réglementation au niveau européen : Directive Habitat, annexe II et V pour les chiroptères et le lézard des murailles et la Directive Oiseaux pour l’hirondelle rustique ;  au niveau national : article 2 de l’arrêté du 23 avril 2007 pour les chiroptères , article 2 de l’arrêté du 19 novembre 2007 pour le lézard des murailles et article 3 de l’arrêté du 29 octobre 2009 pour l’hirondelle rustique.

Pour rappel (non exhaustif) :

Pour les espèces d’oiseaux  :
I. ― Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps :
la destruction intentionnelle ou l’enlèvement des œufs et des nids ;
― la destruction, la mutilation intentionnelles, la capture ou l’enlèvement des oiseaux dans le milieu naturel ;
la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la période de reproduction et de dépendance, pour autant que la perturbation remette en cause le bon accomplissement des cycles biologiques de l’espèce considérée.
II. ― Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux.

La Freusière et les Domaines : nids d’Hirondelle rustique (21/05/2018)

Pour les espèces de mammifères  :

I. – Sont interdits sur tout le territoire métropolitain et en tout temps la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel.

II. – Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente, ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux.

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Les Domaines, guano de chiroptère (21/05/208)

Pour les espèces d’amphibiens et de reptiles  :

I. – Sont interdits, sur tout le territoire métropolitain et en tout temps, la destruction ou l’enlèvement des oeufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel.
II. – Sont interdites sur les parties du territoire métropolitain où l’espèce est présente ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Ces interdictions s’appliquent aux éléments physiques ou biologiques réputés nécessaires à la reproduction ou au repos de l’espèce considérée, aussi longtemps qu’ils sont effectivement utilisés ou utilisables au cours des cycles successifs de reproduction ou de repos de cette espèce et pour autant que la destruction, l’altération ou la dégradation remette en cause le bon accomplissement de ces cycles biologiques.

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Les Domaines, Lézard des murailles (21/05/2018)

Le respect de l’application du droit vous incombe en tant que représentante de l’état.

La destruction des habitats des espèces protégées amplifierait encore l’érosion de la biodiversité qui est restée préservée ces 50 dernières années, et inventoriées au cours des cinq années passées par les Naturalistes en lutte.

Bien cordialement, 

Les Naturalistes en lutte

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Arrêtez le massacre !!

KODAK Digital Still Camera

Les gendarmes mobiles entourent ce matin la forêt de Rohanne et ses annexes. Après avoir visité la partie est de la zad ravagée par l’attaque de début avril, nous connaissons d’avance les conséquences de cette intervention dans une zone boisée et sensible sur le plan écologique : ornières très profondes (parfois plus d’un mètre), haies et talus détruits, arbres arrachés, cabanes à faible impact écologique transformées en tas d’ordures par la « déconstruction » à coup de pelleteuse lourde et de bulldozer.

Tout ceci alors que malgré des agressions répétées le dialogue n’a jamais été interrompu, que le projet collectif et écologique de la zad est largement explicité et que bon nombre de ses acteurs et actrices se sont nommée.e.s.

Il faut aussi se rappeler que tout au long du bras de fer contre le projet d’aéroport, les différentes personnes composant le mouvement d’occupation ont montré un souci constant de leur impact écologique malgré les fortunes diverses de cet épisode.

Les sollicitations fréquentes des Naturalistes en lutte à divers sujets en témoignent. Ainsi, une véritable déconstruction des rares cabanes situées dans les zones les plus sensibles était envisageable. Ces habitats légers n’auraient, à cette condition, laissé aucune trace.

Ces destructions en pleine période de nidification des oiseaux et de reproduction pour la plupart des espèces sauvages du site s’accompagnent bien entendu d’un nuage de gaz lacrymogène et d’un grand nombre de grenades explosives. Nous connaissons les conséquences de ces batailles lourdement équipées en terme de pollution chimique et sonore, fatale à un certain nombre d’animaux et gâchant le travail agricole pour longtemps.

KODAK Digital Still Camera


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L’utopie naturaliste contre la dystopie étatique

parution du volet agricole du Plan Biodiversité (loi Hulot)

Voir la vidéo : ICI

Madame la Préfète, Monsieur le Ministre,

Le 20 mars 2018, deux laboratoires scientifiques de l’État (le Muséum National d’Histoire Naturelle et le CNRS) alertaient l’opinion publique sur la disparition vertigineuse des oiseaux des campagnes françaises, concomitante de l’intensification des pratiques agricoles de ces 25 dernières années. Dès le lendemain, 21 mars 2018, Monsieur le ministre, vous avez demandé un « sursaut d’indignation » à l’Assemblée nationale face à la disparition de la biodiversité et vous avez annoncé que vous présenteriez un « plan biodiversité » dans quelques semaines. 

Notre collectif, les Naturalistes en Lutte, composé de naturalistes bénévoles et salarié.e.s de diverses associations de protection de la nature, de scientifiques et d’experts dans des domaines écologiques variés, a œuvré pour remettre la biodiversité au cœur du débat sur le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il a apporté une expertise naturaliste indépendante1, en complément des études exigées et notifiée aux bureaux d’études spécialisées. 

Nous avons pu consulter en primeur votre « plan biodiversité » (notamment son volet agricole) annoncé en mars 2018.

Évacuation de la ZAD

Avant de souligner en quoi ce plan permettra de protéger la biodiversité, nous souhaitons revenir sur un fait marquant et courageux : nous vous remercions d’avoir empêché l’évacuation de la ZAD par les gendarmes au début du mois d’avril 2018, quelques jours après votre discours à l’Assemblée nationale. Cela aurait pu avoir comme conséquence de détruire des projets agricoles visant la préservation et la restauration de la biodiversité. Vous avez aussi compris que les opérations militaires annoncées auraient pu entraîner la destruction d’espèces protégées, l’altération profonde d’habitats naturels fragiles par des engins de chantier ou encore la pollution des terres et des milieux aquatiques, par les gaz lacrymogènes notamment.

Plan biodiversité

Monsieur le ministre, nous saluons votre « plan biodiversité » et Madame la préfète, nous saluons votre initiative de proposer en site expérimental le site de Notre-Dame-des-Landes, dédié initialement au néfaste et passéiste projet d’aéroport.

Depuis plus de cinquante ans, en France, des réglementations et des lois visent la préservation de la biodiversité. Pourtant celle-ci est toujours en déclin, montrant ainsi leur inefficacité. Une majeure partie du territoire national étant agricole, la biodiversité ne peut être préservée qu’à condition que les pratiques agricoles en soient respectueuses. C’est pourquoi vous avez décidé que le premier volet du « plan biodiversité » serait agricole. 

Monsieur le ministre, vous l’avez doté d’objectifs ambitieux en intégrant notamment le système « agriculture » et « biodiversité » au cœur de notre modèle économique. En soutenant et encourageant – nous vous citons, « tous les modèles agricoles basés sur le respect de la nature (absence d’intrants chimiques, limitation des produits vétérinaires au strict minimum, respect de l’intégrité des écosystèmes et des espèces qui y vivent, etc ) » et sur « le respect des êtres humains (produits sains, circuits courts, solidarité, répartition des ressources pour permettre au plus grand nombre d’accéder aux métiers agricoles et para-agricoles, etc.) » -, votre plan permettra sans aucun doute de résoudre de nombreux problèmes environnementaux et sociétaux. 

Notre-Dame-des-Landes en site pilote

Madame la préfète, sachant toutes les espèces protégées (et leurs habitats) présentes sur place et l’impact que pourrait avoir une agriculture intensive sur la biodiversité, et en tant que garante du respect des lois (notamment les articles L411-12 et suivants du code de l’environnement), vous avez proposé que le site de la ZAD devienne un site pilote sur l’ensemble de l’emprise de l’ancien projet aéroportuaire ainsi que sur les surfaces de compensation prévues. En effet, vous avez considéré, et à juste titre, que l’agrandissement des structures agricoles voisines et la mise en œuvre du modèle agricole intensif, pratiqué dans l’Ouest de la France, entraîneraient une érosion de la biodiversité sur cette zone. 

Vous avez noté la chance que constituait une telle zone, sauvegardée au milieu d’un des secteurs de production laitière les plus intensifs en France, remarquable aussi bien en matière de diversité biologique qu’en termes de faible fragmentation des milieux préservés, ce qui en fait un site unique. 

Vous avez ainsi reconnu le travail des Naturalistes en lutte qui a permis de montrer, depuis 2013, que le territoire de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est un espace de nature exceptionnel : zone humide reliant deux bassins versants3 – la Loire et la Vilaine – avec des eaux de surface en bon état de conservation, elle présente une mosaïque de milieux, une densité exceptionnelle de haies, de mares et de prairies naturelles. Il en résulte une diversité d’espèces4 de faune et de flore et une densité des populations uniques dans l’Ouest de la France. C’est particulièrement le cas pour certains batraciens (Grenouille agile, Triton marbré), lézards (Lézard vivipare) et des oiseaux ici encore communs, contrairement à d’autres espèces du département. Ce territoire est aussi un réservoir d’espèces de faune et de flore protégées5.

Vous avez résisté à l’influence de la chambre d’agriculture et de son syndicat majoritaire, la FNSEA, qui promeuvent un modèle d’agriculture intensive et dont la violence des déclarations contre les initiatives favorables à l’environnement va grandissante. Comme cela ne peut vous avoir échappé, ce modèle est en effet en bout de course, responsable d’impacts très importants pour la société (impact sanitaire, érosion de la biodiversité, impact social, etc). Vous saviez qu’ils voulaient obtenir l’imposition de leur modèle passéiste et destructeur sur ce site extraordinaire et vous n’avez pas succombé a leurs pressions.

Le bénéfice écologique

Monsieur le ministre vous avez inscrit une notion juridique positive très importante dans le « plan biodiversité », celui de « bénéfice écologique », faisant ainsi écho à la notion trop négative de « préjudice écologique » du code civil. Nous avons souri au pied-de-nez que vous avez fait à l’ancien président de région, M. Retailleau, fervent défenseur de l’aéroport, qui avait contribué à faire rentrer le préjudice écologique dans le code civil mais jugeait aussi l’écologie trop souvent comme punitive. 

Madame la préfète, vous avez su reconnaître que la ferveur des militant.e.s qui a empêché le projet d’aéroport avait permis par la même à l’État de préserver la biodiversité qui y est fortement documentée. Vous avez en ce sens demandé à ce que la ZAD soit déclaré « site pilote » pour accompagner ces militant.e.s dans leur expérimentation et ainsi les remercier pour leur action passée, à ce point méritante et salutaire que force est de reconnaître qu’elle entre dans le champ d’application du « bénéfice écologique ». Nous saluons cette initiative. D’aucuns pensent que vous avez pris cette initiative pour ne pas être tenue responsable de « préjudice écologique » par rapport aux articles 12466 et suivants du code civil. Nous tenons à vous dire que nous ne sommes pas de ceux-là.

Nous tenions donc à saluer vos initiatives qui visent à encourager et faciliter des modèles agricoles respectueux et créateurs de biodiversité développés par les militant.e.s ZADistes.

Gains de biodiversité

Hélas, au-delà de la politique fiction et d’une lettre de louanges que nous aurions aimé vous adresser réellement, c’est malheureusement avec écœurement que nous constatons que la seule réponse de l’État face au projet collectif, riche de nombreux acteurs (occupants, agriculteurs, naturalistes, artisans, architectes, etc.), se proposant de sauvegarder cette zone fragile, est la répression aveugle et disproportionnée.

Monsieur le ministre, vous avez dit avoir honte de la situation déplorable de la biodiversité de nos campagnes du fait des pratiques agro-industrielles, mais vous semblez bien la conforter au vu des dégâts commis depuis quelques semaines par les forces de l’ordre sur la ZAD : destruction de haies, de cultures, de prairies, arrachage d’arbres dans de très nombreux boisements, sans compter la pollution des sols et des ruisseaux par l’armement chimique, et cela pour une durée indéterminée.

Votre discours portant sur cette zone se limite à incriminer un mouvement très divers que vous résumez injurieusement « à une bande d’anarchistes ». A ce sujet, si Anarchie il y a, c’est plutôt à celle d’ Elisée Reclus et de sa vision de la relation entre l’Homme et la nature que, pour notre part, nous nous référons.

Nous, Naturalistes en Lutte, considérons la sauvegarde de la biodiversité et des pratiques agro-environnementales comme un bien commun de l’humanité, qui de surcroît, ne peut se gérer de façon cohérente selon nous, que dans son ensemble et collectivement par les habitant.e.s de la zone.

Nous prenons acte alors de votre adoption d’une posture de dédain envers ceux qui vous mettent face à vos responsabilités. Mépriser et détruire par l’usage de la force étatique montre la limite de la démocratie que vous incarnez alors que des négociations responsables et apaisées pourraient amener à la réalisation d’un modèle agro-environnemental nouveau et prometteur, que vous espérez d’un côté et détruisez par l’autre. 

Ce mouvement est bien conscient de la sixième extinction des espèces et fait partie de ceux qui ne « s’en fichent pas », soyez-en conscient ! Nous pouvons vous délivrer de la honte qui semble vous accabler7, car nous revendiquons réellement la nécessité de faire communauté avec le vivant qui nous entoure.

C’est la raison de notre accompagnement et investissement aux projets agricoles des « ZADistes », des agriculteurs et agricultrices historiques afin qu’ils puissent générer un réel gain de biodiversité sur le site de Notre-Dame-des-Landes (conseils, plans de gestion, etc.). Nous accompagnons aussi des projets qui n’ont pas de vocation agricole mais qui sont indispensables au bon fonctionnement écologique de la zone de part leurs services écosystémiques rendus. Les mesures de gestion proposées sont déjà en œuvre pour certaines, d’autres sont et seront programmées. Des gains de biodiversité sont déjà constatés localement et cette dynamique positive va se poursuivre.

Vous pouvez compter sur nous pour supplanter les futures candidats aux soi-disant projets de biodiversité qui ne manquerons pas de se manifester, ce qui permettra ainsi une économie substantielle à l’État. Sachez aussi que nous le faisons et ferons en toute indépendance financière, sans lien quelconque avec le secteur marchand. C’est ainsi qu’en aucun cas, les entreprises ne pourront utiliser le site de Notre-Dame-des-Landes pour justifier, par un marché et ses dérives mercantiles corollaires, des mesures compensatoires dont nous récusons fondamentalement le principe, le droit à bétonner sur d’autres secteurs, et ainsi s’acheter facilement une conscience écologique à faible coût.

Veuillez, Madame la préfète, Monsieur le ministre, recevoir tous nos encouragements pour la reconquête réelle de la biodiversité en France et plus particulièrement à Notre-Dame-des-Landes,

Le collectif des Naturalistes en Lutte, mai 2018

1 Penn Ar Bed n°223/224 Spécial Notre-Dame-des-Landes : Inventaires naturalistes

2 « conservation de sites d’intérêt géologique, d’habitats naturels, d’espèces animales ou végétales et de leurs habitats ». À ce jour, 11 habitats d’intérêts communautaires, avec une grande diversité d’herbiers aquatiques, des prairies oligotrophes (37 ha), des landes humides, un réseau de plus de 200 mares, un maillage de haies le plus dense des Pays de la Loire (120 ml/ha)

3 Zone donnant naissance à 9 cours d’eau, dont 7 sur le bassin versant de la Vilaine et 2 sur le bassin versant de la Loire

4 À ce jour, plus de 2000 espèces inventoriées

5 À ce jour, 146 espèces protégées détectées, dont 10 espèces inscrites à l’annexe II de la Directive habitats nécessitant la désignation de Zone Spéciale de Conservation

6 « Toute personne responsable d’un préjudice écologique est tenue de le réparer. »

7 cf. discours à l’Assemblé National du 21 mars 2018.