Naturalistes en lutte

Les informations des Naturalistes en lutte à Notre-Dame-des-Landes

Une opération militaire contre des modes de vie et contre la nature !

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L’attention portéà la préservation de la faune et de la flore est souvent négligée lors des conflits armés. Depuis maintenant plus d’une semaine, le gouvernement, totalement déconnecté des réalités du vivant, a lancé une opération militaire sur la ZAD avec plus de 2 500 hommes, en plein printemps. Cette opération a notamment pour objectif d’éradiquer un ensemble de projets originaux innovants combinant social, paysannerie et écologie.

Depuis 2013, les Naturalistes en Lutte et les habitants de la ZAD, travaillent ensemble, à travers un processus de dialogue et d’échanges de connaissances et de compétences, à la mise en place d’activités centrées sur une agriculture respectueuse de son environnement. Ces pratiques expérimentées sur Notre-Dame-des-Landes, proposent un autre modèle de vie où homme et nature cohabitent. Ces expérimentations sont dune grande richesse et montrent lexemple dans un monde outrageusement artificialisé sous le joug d’une agriculture dévastatrice ignorante des équilibres biologiques.
Tout cela pourrait être désormais remis en cause par l’expulsion d’une partie des habitants de la ZAD et la volonté de l’état de diviser ce projet collectif.

Au regard du respect du vivant, tout naturaliste ou amoureux de la nature ne peut être qu’indigné par cette intervention militaire brutale et disproportionnée. En effet, comme chacun le sait, ou devrait le savoir, (mais cela ne semble pas être le cas pour quiconque dans ce gouvernement), avril est un mois décisif pour la plus grande partie des populations d’espèces animales et végétales. Décisif, car c’est à cette époque de l’année que les végétaux déploient leur feuillage et se couvrent de fleurs accueillantes pour les butineurs. Décisif car, pour la faune, c’est le temps des amours et de la naissance des jeunes qui assureront le maintien et la survie de l’espèce pour les années futures. C’est aussi la pleine période de l’arrivée des passereaux migrateurs comme les fauvettes à tête noire et les rossignols, dont la densité dans ce bocage est exceptionnelle par rapport au reste des zones d’agriculture du département.
Mais on ne peut estimer finement les conséquences de cette nouvelle opération militaire sur la faune et la flore en raison :

– de la difficulté d’accéder aux zones d’opérations pendant les affrontements ou le déploiement militaire ;

– de la disparition rapide des cadavres, dévorés ou emportés par un prédateur charognard (corvidés, renard, par exemple) ;

– de la difficulté de mettre en place des protocoles de suivi et d’activer un réseau prolongé et efficace d’observateurs.

Néanmoins, sur la foi d’experts et de quelques observations sur place, un certain nombre d’éléments peuvent être dégagés :

Un risque fort de destruction direct de la faune et de la flore …

…dû au déplacement répété de milliers d’hommes et de centaines de véhicules de plusieurs tonnes dans les chemins, les prairies, les lisières et les zones de culture. C’est ainsi que des opérations nocturnes comme celle qui démarra à 3 h du matin le premier jour d’occupation militaire, (ont pu) peuvent entraîner une forte mortalité chez les batraciens (grenouille agile, crapaud commun, …), particulièrement lors des premiers jours humides lorsque ces espèces se déplacent à travers les routes et les champs, principalement la fameuse RD281. Le passage répété des véhicules et des militaires, notamment dans les ornières oùsont présentes de nombreuses jeunes salamandres, a pu très probablement entraîner la destruction de nombreux individus. Le passage d’engins dans les prairies, lisières ou bosquets a également pu provoquer l’écrasement de micro-mammifères tels que des campagnols, musaraignes ou hérissons. Les destructions des bâtiments en bois a certainement entraîné, au mieux un dérangement considérable, au pire la mort des chauves-souris ou des lérots les occupant… .

ll n’est par ailleurs pas exclu que certaines détonations et que le dérangement aient entraînés des arrêts cardiaques, par exemple chez certains petits mammifères au métabolisme élevé (petits rongeurs et autres insectivores, mustélidés, etc…).

Un dérangement en pleine période de reproduction :

Pour toutes les espèces et en particulier pour les oiseaux, les conséquences consécutives au dérangement peuvent être très graves. En effet, les détonations multiples qui parfois se suivent pendant plusieurs dizaines de minutes, à différentes périodes de la journée, le bruit du déplacement des véhicules et les cris, lors des affrontements, perturbent indubitablement les oiseaux chanteurs présents dans les haies. Les mâles chanteurs peinent à défendre leur territoire et à attirer les femelles, avec pour conséquence un épuisement des individus et laffaiblissement du succès dans la formation de couples nicheurs. Si des oiseaux étaient déjà nicheurs, ces dérangements répétés peuvent entraîner l’abandon des nids, voire des nichées. Il n’est pas certain que les parents puissent effectuer une ponte de remplacement si les opérations devaient se prolonger. Sans compter les effets du stress qui ne sont pas sans conséquence sur les capacités reproductives des oiseaux. Il est avéré qu’un nid de chouette hulotte était établi dans une des cabanes qui a étédétruite. Elle était pour cette raison précise délaissée par son habitante humaine ! Enfin, dans des milieux périphériques de la ZAD, déjàsaturés ou dégradés, il est peu probable que les espèces perturbées pourront trouver leur place. Le même constat peut être fait au niveau du lézard vivipare et des reptiles connus sur le site dans des densités exceptionnelles.

Un impact chimique manifeste

À côté de l’impact physique, il faut bien sûévoquer l’impact chimique des armes utilisées par les militaires, notamment celui des gaz lacrymogènes qui ont été utilisés massivement tous les jours. Une grenade lacrymogène peut recouvrir une surface de 800 m² d’un nuage irritant déployé sur une hauteur de 3 à 5m. Bien que leur composition chimique ne soit pas parfaitement connue, nous savons que les gaz produits contiennent du ChlorobenzylideneMalononitrile(CS) de faible toxicité pour les êtres humains puisque les concentrations sont calculées pour être au moins 2 600 fois plus faible que la concentration létale. Mais le poids d’un insecte, d’un oiseau, d’un amphibien, d’une chauve-souris ou d’une musaraigne n’est pas celle d’un homme ! Ainsi, le rapport de masse corporelle entre un homme de 70 kg et un pouillot véloce de 9 g, est de 7 700 environ, sans compter un métabolisme bien plus élevé que chez l’homme. Nous sommes donc particulièrement inquiets quant aux effets néfastes de ce gaz sur la mortalité notamment de cette espèce dont les mâles laissent entendre leur tchiff-tchaff si caractéristique tout le long des haies du chemin de Suez en ce moment. Ce qui est valable pour les oiseaux est bien sûr valable aussi pour les autres animaux présents.

Mais l’action du CS, ne s’arrête pas là, car une fois dans l’atmosphère, il peut se retrouver à la fois sous forme de vapeur et de particules. Si les vapeurs sont dégradées rapidement par les rayons du soleil (UV) avec une demi-vie d’environ 110 heures, des particules peuvent néanmoins se déposer au sol . Sur un sol sec ou humide le gaz n’a pas tendance à se volatiliser et peut donc rester actif pendant cinq jours voir 45 jours s’il a étéen mélange avec un anti-agglomérant (CS1 ou CS2). Le CS2 par exemple empêche la molécule d’entrer en contact avec l’eau et permet ainsi au mélange de rester actif plusieurs semaines. Or nous savons tous que lors de la première semaine dintervention le temps était humide et pluvieux .

Si le mécanisme d’action de ce gaz est encore incomplètement compris, chez l’homme, à forte concentration et exposition prolongée il peut entraîner des perturbations gastro-intestinales, ainsi que des œdèmes pulmonaires après 12 à 24 heures, et une pneumonie chimique peut également se produire après 24 heures.

Nous avons donc affaire à un composé extrêmement toxique pour des organismes de faible masse corporelle qui peuvent être contaminés, soit par inhalation, soit par ingestion d’aliments contaminés soit, comme pour les amphibiens par contact avec la peau. Depuis deux semaines, tous les niveaux trophiques de la faune sont confrontés à une accumulation de déchets toxiques qu’ils vont absorber d’une manière ou d’une autre, contaminant l’ensemble de la chaîne. Chez les oiseaux dont même les espèces granivores nourrissent leur jeunes avec des insectes, cette contamination est d’autant plus dramatique qu’elle intervient en pleine période de reproduction et risque de compromettre la survie des juvéniles. Enfin le sol de Notre Dame, particulièrement humide, accumule ainsi des polluants qui seront dirigés dans bien des situations vers les fossés, les ruisseaux et les mares.

Chimique mais pas que … :

Les grenades de désencerclement utilisées en surabondance (en dehors de leur doctrine d’emploi réglementaire bien circonstanciée de ce que nous en savons) sont une autre cause possible de mortalité ou de blessure : en effet ces grenades projettent des plots en caoutchouc (18) et des résidus métalliques (voir les nombreuses blessures relevées par les équipes médicales de la ZAD) dans un rayon de 10 m autour de l’impact. Pire encore, leur onde de choc génère un impact sonore qui dépasse les 150 dB ! En outre, les effets dépressifs de certains types de grenade sont susceptibles d’affecter les chauves-souris présentes dans les boisements.

Une pollution du site avérée

Enfin, qu’en est-il des 48 000 capsules plastiques de gaz lacrymogènes ( 8 000 grenades utilisées contenant 6 capsules chacune, sans compter les dizaines de milliers de fragments des 3 000 grenades de désencerclement) disséminées un peu partout et dont une partie seulement a étéramassée par les zadistes (mais jamais par les militaires !) et des dizaines de milliers de fragments plastiques dispersés par les grenades. Le gouvernement a-t-il prévu d’envoyer ses 2 500 militaires faire une véritable opération de nettoyage (cette fois dans le bon sens du terme) après la fin des opérations ? Opération qui devra être menée dans les plus brefs délais avant que la végétation ne se referme sur tous ces déchets ou qu’ils ne s’enfoncent inéluctablement dans le sol. Pour mémoire, un déchet plastique peut mettre plus de 1 000 ans avant de disparaître.

Cette situation d’affrontement a eu aussi pour effet d’inciter à brûler des pneus et des carcasses de voitures, l’ensemble des fumées et résidus qui se redéposent ensuite sur la végétation sont également très toxiques.

Il nous a été rapporté plusieurs cas d’animaux trouvés morts (hérissons, lapin, blaireau, …) sur la ZAD depuis le début des opérations militaires. Si nous n’avons pu vérifier les causes de la mort, ces observations sont inquiétantes. Nous invitons toute personne observant un cadavre d’animal, dans les prochains temps à nous en faire part (espèce, date, localisation précise).

En conclusion, le gouvernement, en lançant cette opération militaire en pleine période de reproduction démontre encore une fois son plus profond mépris pour la protection de la biodiversité. Alors que le ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, s’indigne en public que la disparition de 30 % des oiseaux et de 80 % des insectes en quelques décennies n’intéresse personne, il semble que les conséquences réelles que font peser ce typed’opération militaire sur la faune ne l’intéresse pas lui non plus !


Les Naturalistes en Lutte

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