Naturalistes en lutte

Les informations des Naturalistes en lutte à Notre-Dame-des-Landes


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De l’incompétence de la cour administrative d’appel de Nantes ou la réponse politique à une question de droit – les oiseaux

Comme le rappelle fort mal à propos les sept juges de la cours d’appel : (…) les populations concernées sont présentes et répandues en Europe et sur l’ensemble du territoire national, pour la plupart des espèces, mais également dans l’ouest de la France ainsi qu’aux niveaux régional ou départemental (…) que les maîtres d’ouvrage ont analysé le type, la nature et la durée des impacts de l’opération au niveau local ; qu’ils ont, ensuite, défini un « niveau d’impact résiduel » sur le site, après prise en compte des mesures d’évitement et de réduction, pour chacun des groupes biologiques (floristique, insectes amphibiens, reptiles, avifaune [oiseaux] et mammifères).

image1Si cette assertion est inexacte pour le triton marbré, cela l’est tout autant pour de nombreuses espèces d’oiseaux. En effet, ces dernières vont payées un lourd tribu au projet d’aéroport. 67 espèces, protégées au niveau national, seront impactées par les travaux. Or selon l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel, organisme dépendant du Muséum national d’histoire naturelle de Paris), depuis 2008 le nombre d’espèces aviaires menacées dans l’hexagone n’a cessé de croître pour atteindre 1/3 d’entre-elles (soit 92 sur 284 en 2016). Cette situation dramatique peut être imputée pour la plus grande part à la destruction des habitats (notamment par l’intensification des pratiques agricoles et la régression des prairies).

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Prenons par exemple le cas du Bruant jaune (Emberiza citrinella)[1], espèce largement présente à Notre-Dame-des-Landes. Les Naturalistes en Lutte ont réalisés 32 observations en 2013 et le bureau d’étude Biotope l’a contacté sur 1/3 de ses points d’écoute et estime la population nicheuse à 50-60 couples (p.186 du dossier de demande de dérogation au titre des articles L411-2 et R 411-6 à 14 du Code de l’environnement Pièce A du cadre général, présentation des aménagements, état des lieux) [2]. Cette espèce est considérée par le CRBPO (Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux) comme spécialiste des milieux agricoles.

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Un regard superficiel sur la carte [3] d’abondance relative laisse à penser qu’elle est présente sur la plus grande partie (surtout nord et est) du territoire national. Pour le bureau d’études Biotope, le projet d’aéroport n’aura qu’une incidence négligeable sur cette espèce dont les effectifs sont estimés à 50/60 couples localement et entre 500 000 et 1 000 000 au niveau national (chiffre inconnu au niveau régional). Donc, à priori, pas de problème.

 Et bien si justement !

En effet, l’effectif de cette espèce ne cesse de s’effondrer : -59 % depuis 1989.

Pour reprendre l’analyse du site Viginature basé sur les comptages nationaux du programme STOC :Cette espèce montre un déclin prononcé, à moyen et à long terme, très similaire à celui noté outre-manche (-34% de 1990 à 2000 au Royaume-Uni) et en Europe. Par contraste avec le Bruant zizi, le Bruant jaune illustre bien le fait que les espèces septentrionales sont en déclin en France, alors que les espèces méridionales semblent bénéficier du réchauffement climatique. Si l’on ajoute les effets de l’intensification de l’agriculture, l’avenir du Bruant jaune ne semble pas florissant en France. Si peu florissant que l’espèce est passé du statut de « Quasi menacée » à « Vulnérable » entre 2008 et 2016 (liste rouge des espèces menacées en France) ; ce statut induit un véritable risque de disparition de l’espèce à terme.

Au niveau régional, le déclin est encore plus accentué : 62,06 % de l’effectif a disparu entre 2001 et 2012 [4]selon le programme STOC-EPS régional, si bien que le bruant jaune est considéré comme « en danger » (selon la liste rouge établie pour les Pays-de-la-Loire en 2014) ; soit un statut encore plus alarmant qu’au niveau national.

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Si on s’intéresse au niveau départemental, on constate que seulement 261 individus ont été contactés en 2015 (quelques uns certainement plusieurs fois), essentiellement dans le nord-est du département. Comme le reconnaît l’étude du bureau d’études Biotope sur laquelle se sont appuyés les juges pour argumenter leur arrêté : bien que se raréfiant nettement, cette espèce est encore présente sur l’ensemble du département. La population présente sur la zone d’étude est donc probablement connectée au reste de la population départementale.

Certes, l’espèce reste (encore) présente au niveau local. Mais détruire un site agricole et naturel majeur pour le département (voir Penn ar Bed 223/224) comme celui de Notre-Dame-des-Landes constitue un pas supplémentaire dans l’atteinte à une espèce déjà en difficulté. En effet, c’est faire disparaître des lieux de nourrissages et de nidification pour les individus présents sur place, mais aussi aux alentours dans un département particulièrement touché par l’urbanisation galopante et le développement de l’agriculture intensive. La plupart des plantes messicoles1 ont disparu, ainsi que les céréales de printemps2. Ceci [est] particulièrement préjudiciable aux granivores. Cette disparition de la flore s’accompagne de celle des invertébrés, notamment des insectes qui se nourrissent et pondent sur ces plantes ; invertébrés dont se nourrissent majoritairement les poussins de la plupart des espèces, y compris les granivores.

La destruction d’une vaste partie de ce bocage (pièce B du dossier AGO p. 131), 70 km de haies pour l’aéroport, plus 80 km pour les voies et zones adjacentes, soit 150 km de haies, aura un effet dévastateur sur les capacités de nidification des espèces bocagères, [mais aussi agricoles] qui représentent l’essentiel des effectifs observés. Cet effet sera d’autant plus dévastateur pour les espèces remarquables, dont les populations sont déjà relativement faibles, que la ZAD représente pour la région une zone à forte densité. (Penn ar Bed 223/224).

Ce triste bilan peut être constaté pour plusieurs autres espèces rencontrées à Notre-Dame-des-Landes. Le tableau ci-dessous en donne un exemple [5].

image6[5]. Oiseaux nicheurs de France métropolitaine. Synthèse des changements de catégories entre 2008 et 2016. En danger et Vulnérable (Espèces menacées de disparition en France métropolitaine) ;Quasi menacée (espèce proche du seuil des espèces menacées ou qui pourrait être menacée si des mesures de conservation spécifiques n’étaient pas prises) ; Préoccupation mineure (espèce pour laquelle le risque de disparition de France métropolitaine est faible) ; Vd : Changement véritable du risque de disparition de l’espèce avec détérioration). Source : UICN France, MNHN, LPO, SEOF & ONCFS (2016). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Oiseaux de France métropolitaine. Paris, France.

Pour mémoire, le dernier rapport 2016 du WWF (Rapport Planète Vivante 2016 : Risque et résilience dans l’Anthropocène sur la biodiversité mentionne que :

  • 87 % des zones humides ont été détruites à l’échelle mondiale ces 300 dernières années !
  • 65 % des effectifs de nos oiseaux nicheurs de France ont disparu depuis 20 ans selon le MNHP

Globalement, 12 % des espèces d’oiseaux sont menacées d’extinction au niveau mondial et 26 % des espèces nichant en métropole risquent de disparaître

Nous pouvons donc reprendre à notre tout la conclusion suivante :

Comment dans ces conditions, des juges peuvent en déduire que ces espèces ne présentent pas d’enjeux de conservation européen, national, régional et départemental remarquables !

1Espèces spontanées et autochtones qui se développent dans les cultures céréalières.

2La région Pays de la Loire, dont le territoire est occupé à 70 % par l’agriculture, n’a pas été épargnée par les mutations agricoles intervenues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : plus de la moitié du linéaire de haies a disparu, les surfaces toujours en herbe ont régressé de plus de 70 % depuis 1979, et ont été remplacées par des cultures peu nombreuses (céréales, maïs, tournesol), grandes consommatrice d’engrais, d’insecticides, de fongicides et d’herbicides (Dulac, 2014).


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De l’incompétence de la cour administrative d’appel de Nantes ou la réponse politique à une question de droit

Voilà ce qu’on peut lire dans l’arrêt rendu lundi concernant les arrêtés de dérogation espèces protégées et qui a justifié la décision des juges de valider ces arrêtés :

« … l’aire de répartition du triton marbré englobe l’ensemble de la France occidentale où elle  [sic] est commune à assez commune ».

Pourtant à l’échelle européenne, seuls trois pays accueillent le Triton marbré dans leurs mares : le Portugal, l’Espagne et la France. En France, la répartition de l’espèce est limitée au nord par la Seine et à l’Est par une ligne Fontainebleau – Montpellier.

Le Triton marbré est mentionné parmi les espèces « Vulnérables » dans le livre rouge des vertébrés de France (Maurin, 1994).

L’état de conservation de ces habitats est considéré dans le domaine atlantique comme défavorable.

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Ce triton est considéré en Loire atlantique comme une espèce peu commune dont les populations, réduites, sont fragiles. Elle est classée en liste rouge avec priorité élevée en Pays de la Loire.

Même le dossier officiel « Loi sur l’eau » (ici) indique que, « au rang des trois espèces qui présentent une forte valeur patrimoniale, on trouve Le Triton marbré (Triturus marmoratus). Cette espèce est considérée comme prioritaire en région Pays de la Loire.« 

Plus de 200 mares sont réparties sur environ 1600 ha de bocage dense, le taux de présence du triton marbré y est de 32 %, ce qui représente la troisième population la plus importante de France, connue à ce jour. (cf. Penn ar Bed n°223/224).

Comment dans ces conditions, des juges peuvent en déduire que cette espèce ne présente pas d’enjeux de conservation européen, national, régional et départemental remarquables !

Les espèces protégées le sont parce que leurs habitats disparaissent et que les populations sont considérées comme fragiles. La vision des choses qui consiste à considérer, que tant qu’il restera quelques populations viables dans l’aire de répartition de ces espèces, il n’y aura pas d’enjeu de conservation, nous conduit inéluctablement vers la disparition de ces espèces.

C’est pourquoi nous considérons que si, ni l’état, ni la justice n’est capable de protéger ces espèces avec qui nous partageons la planète, nous citoyens devons mettre en œuvre tous les moyens à notre disposition pour nous opposer à leur destruction.

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Lettre n°51

Bonjour à tous

Opération « Fauchée et heureuse » ca reprend !

Après le beau travail réalisé le 9 octobre, nous vous invitons à venir continuer la restauration de la prairie oligotrophe, nous nous concentrerons cette fois sur les bordures colonisées par les ligneux et les ronces. Alors tous à vos serpes, faucilles, sécateurs … .

Si nous sommes assez nombreux, nous poursuivrons aussi le curage de la mare, chantier que nous avions commencé en 2015. Alors pensez aussi aux pelles et aux seaux.

On vous donne rendez-vous le dimanche 13 novembre à 9h00 à la ferme de Bellevue à Notre-Dame-des-Landes.

En espérant vous voir nombreux !

Les Naturalistes en lutte


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Retour sur l’opération « fauchée et heureuse »

Après une belle journée sous le signe des bâtons, nous nous sommes retrouvés à 9h00, fourches et faux à la main sur le parking de la ferme de Bellevue. Après une brève présentation de l’opération de fauche avec exportation, sous le chant de l’Alouette lulu, nous avons débuté le chantier par une démonstration de fauche manuelle par Jean-Pierre Taugain de Saint-Etienne-de-Montluc, qui a su nous transmettre son savoir-faire riche de plus de 70 ans d’expérience. Tenir la faux à plat, revenir en poussant les herbes, … facile lorsqu’on le regarde faire, mais une toute autre paire de manche lorsqu’on s’y essaye !

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Le groupe s’est ensuite divisé en deux, un groupe de faucheurs et un groupe de « pousseurs ». Pour ce dernier, cela consistait à déplacer les round-baller près de l’entrée du champ pour un futur déplacement hors de la parcelle. Pas très technique comme travail, mais bien physique ! Au départ à trois par round baller, ça courait en discutant, puis à cinq en souriant et pour les dernières à six en soufflant !

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Après cette opération de rangement, le groupe a rejoint les faucheurs, et ça avançait bien. Répartis sur la prairie, les tas d’herbes grandissaient. Jean-Pierre Taugain , continuait à nous transmettre son savoir, faire des bottes à la main sans ficelle, taper une faux, … . Un grand grand merci à lui et à sa fille pour le partage ! Le travail permettait aussi des discussions sur la flore et la faune. Notamment l’intérêt de conserver une belle station de succise des prés encore en fleur, et attirant de nombreux insectes, abeilles, bourdons, syrphes, … . Et puis l’observation au moment du repas d’un jeune lézard vivipare, espèce rare en Loire-Atlantique. Au final pas moins de 8 jeunes ont été observés sur la prairie ! Des crottiers de campagnol amphibie ont aussi été découverts dans le secteur le plus humide de la prairie, pas loin des mares.

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L’après midi la fauche s’est poursuivie, et les tours de tracteurs ont débuté, de magnifiques charretées faites par Jean-Louis, et dont certains ont su profiter du moelleux ! Au final pas moins de 45 personnes ont participé à ce chantier et environ 40 m3 ont été exportés. Ce fut une opération heureuse, riche en échange et en partage, tous réunis autour d’une même conscience, agir pour la préservation de la nature.

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