Naturalistes en lutte

Les informations des Naturalistes en lutte à Notre-Dame-des-Landes

La biodiversité oubliée

1 commentaire

Les associations Bretagne Vivante, Eau et Rivières de Bretagne, France Nature Environnement Pays de la Loire, la Ligue de Protection des Oiseaux Loire-Atlantique et S.O.S Loire Vivante ont étudié avec attention les dossiers d’enquête publique « loi sur l’eau » respectivement relatifs à l’aménagement de la plateforme aéroportuaire du projet d’Aéroport du Grand Ouest et à la réalisation de la desserte routière relative à l’aménagement de ce même aéroport. Elles ont fait part de leurs remarques aux commisaires enquêteurs le 6 août 2012. Vous pourrez lire ci-dessous la partie de leur courrier concernant la biodiversité (seules certaines citations – en mode image dans le document d’origine – sont résumées mais les références dans le document mis à l’enquête sont indiquées)..

La prise en compte insuffisante de la biodiversité

L’analyse de la biodiversité dans le document loi sur l’eau, obligatoire pour bien mesurer les impacts du projet sur le milieu aquatique, est ici très critiquable, comprenant de nombreuses approximations, prenant des hypothèses non vérifiées comme autant de vérités certaines et omettant certaines études qu’il était nécessaire de mener.

La bonne prise en compte de la biodiversité est d’autant plus importante que le maître d’ouvrage s’en sert pour analyser les enjeux fonctionnels des zones humides, et pour déterminer dans quelle mesure il doit les compenser. Tout comme les enjeux hydrographiques, on a ici une tendance générale à la sous-estimation de la fonctionnalité « biodiversité » des zones humides et cours d’eau impactés qui permettent par conséquent au maître d’ouvrage de présenter des mesures de compensation d’un niveau inférieur à celui qui serait exigible.

D’abord, sur la méthodologie, il n’est pas acceptable que le document commence par faire un renvoi à un dossier qui n’est pas accessible au public : [citation faisant référence au dossier de demande de dérogation déposé au CNPN qui comprend « une analyse complète des enjeux relatifs à la biodiversité » et dont seules des parties sont dans le document mis à l’enquête] (Page 128 de la pièce C du dossier plateforme)

En effet, ce dossier présenté au CNPN n’est soumis à aucune forme de participation du public. Les associations de protection de l’environnement et le public ne peuvent pas en prendre connaissance ce qui nuit à leur bonne compréhension de la suite du dossier.

Le tableau présenté page 128 de la pièce C pour le dossier plateforme et page 108 pour le dossier desserte, présentant une hiérarchisation des zones humides au regard de l’enjeu biodiversité, est complètement subjectif et n’est pas justifié : il n’est pas expliqué par les maîtres d’ouvrage pourquoi tel coefficient « de typicité zone humide » correspond à tel habitat naturel identifié alors même que ce sont ces coefficients qui déterminent ensuite le nombre d’unités de compensation rendues nécessaires par telle ou telle altération.

L’analyse de la biodiversité est statique : elle donne des coefficients à de petites zones sans analyser les interactions qu’il y a entre elles.

L’analyse est théorique et déconnectée de la réalité biologique : elle ne peut pas se dispenser de l’analyse réelle de la biodiversité dans les sites qualifiés pour vérifier les hypothèses avancées sur les fonctionnalités écologiques.

Page 130 on trouve l’affirmation suivante : [pour les autres groupes tels que les odonates et les lépidoptères, présentant un moindre intérêt on a considéré que ces groupes étaient pris en compte au travers des milieux humides qui les abritent]

Une telle affirmation est inadmissible. L’auteur se soustrait grâce à un sophisme à une démarche de vérification d’une hypothèse qu’il avance. L’étude continue donc sur la base d’une hypothèse invérifiée.

Cela est d’autant plus inacceptable que certains lépidoptères ou odonates peuvent avoir un intérêt biologique supérieur. Certains sont protégés en France, et présentent donc un caractère patrimonial particulier. La convention de Berne de 1979, la directive habitats de 1992 ou encore l’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des insectes protégés sur le territoire national constituent un corpus normatif imposant des protections supplémentaires pour certains odonates notamment. Les auteurs de l’étude n’auraient pas dû s’abstenir de rechercher la présence de ceux-ci.

L’auteur continue en suivant la même logique sur les reptiles, oiseaux et chiroptères.

Un naturaliste sérieux ne peut accepter un tel raccourci.

Le tableau présenté page 132 de la pièce C pour le dossier plateforme et page 111 pour la desserte, présentant les niveaux d’enjeu de la fonctionnalité biodiversité,  n’est pas correct dans la mesure où seuls les amphibiens ont été analysés. Il montre un état supposé de biodiversité, qui est basé sur une hypothèse que les auteurs de l’étude ne se sont pas donné la peine de vérifier.

En effet, les enjeux en matière de continuités écologiques n’ont été étudiés que pour les amphibiens, alors que les zones humides constituent aussi des continuités écologiques pour bon nombre d’autres espèces. Les amphibiens ont certes des zones de déplacement limitées, ce qui justifie que les continuités écologiques soient recherchées dans l’étude sur de courtes distances, mais d’autres espèces supposées présentes, inféodées aux zones humides, ont des déplacements bien plus importants.

Par exemple, les chiroptères utilisent les zones humides comme zones de chasse, mais peuvent se reposer dans des zones boisées, et utiliser encore une autre zone pour se reproduire. Dès lors, les zones humides ont une importance fonctionnelle considérable pour les chiroptères, et l’absence totale d’analyse concernant ce taxon décrédibilise complètement les résultats concernant les « notes » que les auteurs de l’étude ont données aux zones à compenser.

L’étude utilise des données partielles, et non vérifiées. Les conclusions auxquelles elle aboutit ne peuvent être prises au sérieux par les associations de protection de l’environnement.

Le tableau page 134 du dossier plateforme et les chiffres délivrés page 112 du dossier desserte croisent deux synthèses de données incomplètes et aboutissent inévitablement à des résultats incompréhensibles.

Concernant l’inventaire des espèces présentes, page 157 de la pièce C du dossier plateforme, l’étude affirme d’une manière péremptoire qu’il n’est pas possible que des mollusques puissent vivre dans les cours d’eau impactés, et se dispense par conséquent de tout inventaire de la présence de mollusques. Ce parti pris n’est ni sérieux ni admissible.

L’inventaire possède aussi une grave lacune concernant l’absence de prospection de présence de la loutre. Il est pourtant avéré que la loutre fréquente le territoire impacté par le projet. Le groupement mammalogique breton a ainsi mis en évidence dans le cadre de collectes de données et de la réalisation d’un atlas des mammifères bretons des éléments attestant de la présence de la loutre, mammifère semi-aquatique, inféodé aux milieux aquatiques, dans les bocages au nord de l’agglomération nantaise.

Vous pouvez trouver la carte de la répartition de la loutre en Bretagne ici : http://www.gmb.asso.fr/cartes/Carte_Lulu.html

Concernant les espèces piscicoles :

Page 158 (pièce C dossier plateforme).

Les associations de protection de l’environnement ne comprennent pas là aussi pourquoi les inventaires faits par l’ONEMA en aval du périmètre du site de l’aéroport n’ont pas été complétés par des inventaires sur le site lui-même. L’étude sous-entend qu’aucun inventaire d’espèce piscicole n’a été effectué sur le site, ce qui est un manque grandement préjudiciable à la connaissance de l’état initial du site. La justification page 159 d’un étiage important ayant empêché une bonne prospection des cours d’eau en mai 2011 n’est pas sérieuse et acceptable dans la mesure où la solution possible à ce problème d’étiage aurait été de revenir prospecter le site à une autre période de l’année, ce que se sont abstenus de faire les auteurs de l’étude.

Pages 163 et suivantes, l’étude conclut avec un tableau résumant les enjeux biologiques espèces par espèces. Il manque dans ce tableau une analyse du rôle de chaque espèce dans l’écosystème unique et les conséquences de leur destruction / déplacement sur l’écosystème, ce qui fausse d’avance le niveau d’enjeu. Comme nous l’avons déjà relevé plus haut, les prospections sont largement insuffisantes concernant certaines espèces, ce qui fausse encore plus la définition des enjeux biologiques.

-> Ainsi l’analyse de la biodiversité, largement tronquée par le renvoi à un dossier de demande de dérogation à la destruction d’espèces protégées qui n’est pas accessible au public, néglige de très nombreux enjeux en se concentrant sur l’étude des amphibiens. L’absence de prise en compte, notamment, des chiroptères, de la loutre et des espèces piscicoles est une grave lacune du dossier s’agissant de la mise en évidence des fonctionnalités des zones humides impactées.

ob_cd9e66_loutre-chefsonbretagne-vivante

Photo P. Chefson – Bretagne Vivante / Loutre d’Europe

Publicités

Une réflexion sur “La biodiversité oubliée

  1. bonsoir, comme d’hab, je ne suis pas surpris que l’on cache au public la richesse biologique d’un lieu comme des bocages bretons. Je peux vous donner un exemple en Colombie Britannique : forêt de Carmanah Valley où des scientifiques internationaux avaient pu déterminer plus de 2000 espèces vivantes différentes au M2 ! Ce qui avait permis de classer cette forêt pluviale et éviter une déforestation gigantesque. Mais tout autour c’est le carnage ! Quand comprendrons nous qu’il faille préserver les écosystèmes. Ah oui que voit-on dans les bocages, à part des agriculteurs, des vaches, des moutons, des chasseurs….? et bien tout un ensemble de vies interconnectées, qui permettent à un bocage de vivre ! A plus tard Jérôme Hutin photographe des arbres vénérables

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s