Naturalistes en lutte

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La biodiversité à Notre-Dame-des-Landes révélée par les dossiers d’étude des porteurs du projet

 

La biodiversité à Notre-Dame-des-Landes révélée par les dossiers d’étude des porteurs du projet

Les promoteurs ne nient pas l’intérêt écologique du site de Notre-Dame-des-Landes. L’ensemble de leur argumentation repose plutôt sur le fait qu’ils seront capables de compenser l’énorme perte de biodiversité engendrée par le projet. Pour l’instant, non convaincu de cela, la commission d’enquête « loi sur l’eau » a ordonné à deux commissions d’examiner la pertinence de la méthode de compensation proposée ainsi que des possibilités d’engager des agriculteurs dans des compensations de nature agro-écologiques. Les associations de protection de la nature pensent que cela est faire fausse route, et que la perte de biodiversité sur le site ne pourra pas être compensée, en tout état de cause. Les naturalistes en lutte viennent sur le terrain et affinent les connaissances écologiques du site pour rappeler à quel point on va vers la destruction d’une richesse naturelle unique. Cette action ne vient qu’après des analyses qui ont déjà été conduites par le porteur du projet, qui démontraient déjà l’intérêt écologique déterminant du site.

L’analyse écologique du site a été confiée à un bureau d’étude, Biotope, dont nul ne conteste aujourd’hui les compétences. Sa mission a toutefois été réalisée dans le cadre des limites que le porteur de projet lui a défini, et surtout, avec l’objectif d’appuyer le projet.

            Les études ont été réalisées en trois temps (2002, 2006, 2011), chaque moment venant renforcer les découvertes de richesses écologiques sur le site du projet.

I – La pré-étude de septembre 2002

Cette étude est une courte approche préalable, qui avait servi pour le dossier du débat public, mais qui est plutôt succincte. Le document d’une centaine de pages a été publié en septembre 2002 sous le titre « expertise écologique dans le cadre du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ». L’étude « très en amont du projet » (selon ses auteurs) est basée sur trois courtes prospections. Elle n’a pas un caractère exhaustif, mais constituait déjà une approche intéressante de la qualité écologique du site. Toutes les espèces effectivement présentes sur le site n’ont pas été inventoriées. L’étude relève la présence de quelques habitats à intérêt patrimonial (mais finalement de manière assez modeste), des notes sur la présence d’espèces végétales intéressantes, sur la présence d’une diversité d’oiseaux, de reptiles et insectes, mais mettait surtout le doigt sur la qualité du site pour les amphibiens « les mares sont de très bonne qualité pour les amphibiens », « la densité des mares et leur diversité ont comme effet d’augmenter la capacité d’accueil du milieu », « le milieu terrestre, formé de bocage essentiellement, est de très bonne qualité. ». On pouvait aussi lire que « C’est [le bocage] le dernier milieu de ce type aussi préservé dans le département. ».

La conclusion de l’étude rappelle finalement que le secteur dispose d’un véritable enjeu écologique, lié au réseau de mares, au bocage, à la présence d’amphibiens très importante.

II – L’étude d’impact (2006)

L’étude d’impact de 2006 a été utilisée pour le dossier d’enquête publique présenté à l’appui de la déclaration d’utilité publique du projet d’aéroport. L’étude d’impact n’est pas centrée uniquement sur les enjeux environnementaux, mais comportait une étude du bureau Biotope sur ce sujet. Les inventaires sont beaucoup plus complets, et ressemblent déjà à ceux qui seront présentés en 2012 dans l’enquête publique « loi sur l’eau ».

Dans l’étude d’impact (page 60), on lit que « le site apparaît comme riche à très riche selon les thématiques étudiées :

·                    Présence d’espèces et/ou d’habitats protégés dans tous les groupes étudiés ;

·                    Présence d’un réseau important de mares et de zones humides avec différentes espèces de batraciens ;

·                    Présence d’un complexe bocager en bon état de conservation ;

·                    Présence de nombreux corridors (haies, doubles haies, ruisseaux) et de zones de refuges (bois, friches, landes) ;

·                    Densité de populations d’espèces relativement fortes ;

·                    Site relativement homogène pour une répartition d’espèces également homogène. »

Biotope insiste particulièrement sur les amphibiens « la zone d’étude apparaît riche sur le plan des amphibiens à la fois en termes d’espèces et d’effectif de population. » (page 54).

Le cabinet relève, en revenant légèrement sur son constat de 2002, que le site serait beaucoup plus intéressant que ce qu’il pensait à l’origine concernant les reptiles :

« vis-à-vis des reptiles, la zone d’étude présente une richesse importante pour un secteur bocager en raison notamment de la présence d’habitats tels que les landes, les friches et les haies. » (page 55).

Et encore, il relève que « l’ensemble du site a un intérêt fort pour l’avifaune. On note l’importante mixité d’espèces et la profusion d’individus, reflétant la qualité du site. » (page 54).

III – L’étude loi sur l’eau (2011)

Le dossier, soumis à enquête publique en juillet 2012, comporte d’importants éléments sur la biodiversité dans la mesure où l’impact que le projet a sur les zones humides oblige le porteur de projet à compenser, avec l’écologie qui va avec, les zones humides détruites… qui représentent presque 100 % du site.

Il comporte donc une importante partie consacrée à l’étude de la biodiversité.

On y apprend notamment l’importance du site par sa fonction de tête de bassin versant. Situé en amont de la chaine écologique, il a une fonction de réservoir écologique dont dépendent l’ensemble des territoires situés à son aval (vallée de la Vilaine, Vallée de l’Erdre et donc Loire). Il y a toutefois une difficulté dans l’analyse de cette donnée : le bureau préfère désigner les zones humides comme « de plateau » pour la majorité d’entre elles, minorant ainsi l’importance de la situation de ces zones en tête de bassin versant.

Entre le moment où a commencé l’élaboration du projet (notamment le débat public), et l’enquête publique loi sur l’eau, la prise de conscience de la valeur écologique des zones humides et des têtes de bassin de versant a considérablement augmenté. Le SDAGE Loire-Bretagne a été entièrement remodelé en 2009, et a permis d’être beaucoup plus exigent sur la conservation des zones humides. La directive cadre sur l’eau (2000) est aussi entrée en application en France.

Globalement, le dossier confirme la richesse écologique du site. Il n’est toutefois pas complet sur la question de la biodiversité car il ne traite le sujet que sur les aspects zone humide (conformément à la législation en vigueur). Il renvoie l’analyse de la biodiversité complète du site au dossier « espèces protégées »… qui n’est pas soumis à enquête publique !

 

IV – L’étude « dérogation espèces protégées » (2011)

Ce document est probablement le dossier d’étude le plus complet et le plus probant concernant l’annonce des dommages environnementaux qui vont être réalisés par le transfert de l’aéroport. C’est aussi le seul qui ne fera l’objet d’aucune procédure de participation du public : même si le conseil constitutionnel a relevé dans une décision du 27 juillet 2012 que cela est contraire à la constitution, il a différé les effets de sa décision au 1er septembre 2013.

Le document rappelle que c’est le classement en ZAD (zone d’aménagement différé) qui a permis de conserver un espace naturel unique dans le département, en gelant toute opération de modification de l’état des lieux du site depuis les années 1970.

Il comporte aussi implicitement la révélation d’un des points de critiques essentiels du dossier, en expliquant que c’est à la fin des années 1990 qu’ont été étudiées les différentes options (plusieurs sites ont été prospectées, en corrélation avec l’option conservation de l’aéroport de Nantes Atlantique). Or, aucune étude écologique n’avait été encore réalisée à Notre-Dame-des-Landes à ce moment-là. Le tableau des avantages comparatifs des différentes options mentionnait que l’enjeu environnemental de Notre-Dame-des-Landes était considéré comme « modéré » (4/5, le chiffre 1 étant le niveau d’enjeu le plus élevé) – couleur verte, eu égard à l’absence de protection réglementaire de l’environnement à cet endroit.

Alors que le bureau d’étude prend le parti pris de qualifier le site à enjeu écologique modéré lorsqu’il s’agit de le comparer aux autres solutions envisageables, il n’hésite pas à se contredire en affirmant de manière constante les qualités écologiques du site, si bien que le qualificatif d’enjeu modéré apparait, après lecture complète du dossier, dérisoire. C’est finalement bien là toute la difficulté à laquelle a été confronté le bureau d’étude qui se révèle dans ce paradoxe. Alors qu’au fur et à mesure des études réalisées, il a découvert l’importance des enjeux écologiques, il était bloqué par son parti pris de départ, et obligé de s’enfuir dans des pirouettes intellectuelles pour ne pas se contredire frontalement.

Voici ce qu’on peut lire dans plusieurs extraits du dossier :

·                    Page 83 « malgré la présence d’un milieu riche, comme en témoigne la présence de nombreux sites d’inventaire du patrimoine naturel, aucun périmètre de protection de l’environnement n’est présent au sein même de la zone d’étude ni ses abords immédiats ». Le cabinet reconnaît que l’absence de tout zonage de protection de l’environnement sur ce site est une aberration… implicitement on peut comprendre que c’est le projet d’aéroport qui a poussé les autorités administratives à ne désigner aucune zone écologique contraignante sur le site (Natura 2000, arrêté de protection de biotope, réserve naturelle…).

·                    Page 91 : « le site d’étude peut être assimilé à un carrefour naturel entre les grands espaces naturels que sont l’estuaire de la Loire au sud-ouest, les marais de l’Erdre à l’est et les vallées du Gesvres et du Cens au sud »

·                    Page 239 : le lieu du projet de l’aéroport « constitue un site écologique remarquable, présentant un grand intérêt pour la faune, la flore et les milieux naturels. »

Il faut aussi rappeler que le comité permanent du conseil national de protection de la nature, dans l’avis qu’il a délivré sur ce dossier, bien que favorable, écrivait en juin dernier « Le CP [comité permanent] regrette que les achats de terrains effectués à une époque ancienne bloquent l’idée d’un transfert du projet vers des zones à moindre enjeu pour la biodiversité. ». Dommage pour la biodiversité, les intérêts économiques ne pourront pas faire le choix du moindre dommage environnemental.

Globalement, le dossier confirme l’énorme intérêt du site pour les batraciens, mais rappelle aussi que le site est fréquenté par de nombreux oiseaux, notamment ceux qui se déplacent du site Natura 2000 des marais de l’Erdre vers celui des marais de Grande Brière, qu’il est aussi intéressant pour certains insectes, végétaux, et reptiles, notamment.

Au final, le cabinet d’étude aura mis en évidence la présence de 28 espèces d’intérêt communautaire et 74 autres espèces protégées par le droit français. C’est plus que dans le site Natura 2000 des marais de l’Erdre.

Conclusion

À chaque nouvelle étude du cabinet Biotope (2002, 2006 et 2011), de nouveaux enjeux écologiques ont été mis en évidence, et la qualité du site reconnue d’une manière de plus en plus forte. Inutile de dire que les conclusions du débat public suite à l’enquête de 2002 et de l’enquête publique sur l’utilité publique étaient ineptes : ils ne permettaient pas de démontrer l’enjeu écologique complet du site, la fragmentation des dossiers écologiques ayant permis de découper intellectuellement les enjeux. Le dossier d’ailleurs le plus complet et le plus démonstrateur, qui, rappelons-le, a été réalisé par un bureau d’étude rémunéré par le porteur du projet, et donc absolument pas opposant au projet, est celui sur les espèces protégées réalisé en 2011 et présenté en 2012, qui n’a pas fait l’objet de procédure de participation du public.

Il reste donc maintenant, en 2013, aux naturalistes en lutte à aller encore plus loin, chaque nouvel inventaire semblant apporter son lot de découvertes, et à montrer à tout un chacun la valeur écologique du site naturel dont on promet la destruction.

Romain Ecorchard, juriste en droit de l’environnement

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Naturalistes en lutte dans la presse et à la radio

 

Au sommaire de Charlie Hebdo paru ce mercredi un article de Fabrice Nicolino et le reportage dessiné de Catherine qui était à Notre-Dame-des-Landes le 13 janvier.

Au sommaire de Ça commence à bien faire, le magazine de l’environnement de France Bleu Armorique du samedi 26 janvier 2013 :

Naturalistes en lutte : la science et l’observation pour lutter contre le projet d’aéroport

2 000 hectares de bocage sont concernés par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. A côte des occupants des fermes et bâtiments encore debout sur la zone, des naturalistes se retrouvent une fois par mois pour dresser l’inventaire des plantes et animaux présents dans ces espaces, dont de nombreuses zones humides. Coordonnés par des associations naturalistes régionales, ils veulent proposer un inventaire naturaliste pour peser sur les décisions du comité scientifique mis en place par le gouvernement.

Intervenant : Maël Garin, naturaliste en lutte à Notre-Dame-des-Landes.

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Les zones humides protègent notre eau : R.V. le samedi 2 février

Un reportage sur cette journée ici  ! Merci à Jacinte et à Presquilegazette.net

L’ACIPA, Bretagne Vivante et la LPO proposent des animations sur le site de Notre-Dame-des-Landes pour la Journée mondiale des zones humides.

 « Les zones humides protègent notre eau » est le thème choisi pour la Journée 2013. Il est tout à fait approprié pour prendre conscience de l’importance capitale des zones  situées en tête de bassin versant. Des animateurs montreront très concrètement ce qui caractérise une zone humide, les premiers signes du printemps autour des mares.

Il est essentiel que le lien se fasse entre les combats d’aujourd’hui et la Journée mondiale des zones humides qui commémore la signature de la Convention sur les zones humides, le 2 février 1971, dans la ville iranienne de Ramsar. Comment ne pas souligner l’aveuglement d’un État qui nous invite à célébrer cette journée mais trouve encore de bonne excuses 44 ans après la ratification pour détruire 2000 hectares de zones humides !

Rendez-vous le samedi 2 février à 14 h devant l’église de Notre-Dame-des-Landes (avec des bottes et des vêtements chauds).

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Photo Estelle Gauron


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La biodiversité oubliée

Les associations Bretagne Vivante, Eau et Rivières de Bretagne, France Nature Environnement Pays de la Loire, la Ligue de Protection des Oiseaux Loire-Atlantique et S.O.S Loire Vivante ont étudié avec attention les dossiers d’enquête publique « loi sur l’eau » respectivement relatifs à l’aménagement de la plateforme aéroportuaire du projet d’Aéroport du Grand Ouest et à la réalisation de la desserte routière relative à l’aménagement de ce même aéroport. Elles ont fait part de leurs remarques aux commisaires enquêteurs le 6 août 2012. Vous pourrez lire ci-dessous la partie de leur courrier concernant la biodiversité (seules certaines citations – en mode image dans le document d’origine – sont résumées mais les références dans le document mis à l’enquête sont indiquées)..

La prise en compte insuffisante de la biodiversité

L’analyse de la biodiversité dans le document loi sur l’eau, obligatoire pour bien mesurer les impacts du projet sur le milieu aquatique, est ici très critiquable, comprenant de nombreuses approximations, prenant des hypothèses non vérifiées comme autant de vérités certaines et omettant certaines études qu’il était nécessaire de mener.

La bonne prise en compte de la biodiversité est d’autant plus importante que le maître d’ouvrage s’en sert pour analyser les enjeux fonctionnels des zones humides, et pour déterminer dans quelle mesure il doit les compenser. Tout comme les enjeux hydrographiques, on a ici une tendance générale à la sous-estimation de la fonctionnalité « biodiversité » des zones humides et cours d’eau impactés qui permettent par conséquent au maître d’ouvrage de présenter des mesures de compensation d’un niveau inférieur à celui qui serait exigible.

D’abord, sur la méthodologie, il n’est pas acceptable que le document commence par faire un renvoi à un dossier qui n’est pas accessible au public : [citation faisant référence au dossier de demande de dérogation déposé au CNPN qui comprend « une analyse complète des enjeux relatifs à la biodiversité » et dont seules des parties sont dans le document mis à l’enquête] (Page 128 de la pièce C du dossier plateforme)

En effet, ce dossier présenté au CNPN n’est soumis à aucune forme de participation du public. Les associations de protection de l’environnement et le public ne peuvent pas en prendre connaissance ce qui nuit à leur bonne compréhension de la suite du dossier.

Le tableau présenté page 128 de la pièce C pour le dossier plateforme et page 108 pour le dossier desserte, présentant une hiérarchisation des zones humides au regard de l’enjeu biodiversité, est complètement subjectif et n’est pas justifié : il n’est pas expliqué par les maîtres d’ouvrage pourquoi tel coefficient « de typicité zone humide » correspond à tel habitat naturel identifié alors même que ce sont ces coefficients qui déterminent ensuite le nombre d’unités de compensation rendues nécessaires par telle ou telle altération.

L’analyse de la biodiversité est statique : elle donne des coefficients à de petites zones sans analyser les interactions qu’il y a entre elles.

L’analyse est théorique et déconnectée de la réalité biologique : elle ne peut pas se dispenser de l’analyse réelle de la biodiversité dans les sites qualifiés pour vérifier les hypothèses avancées sur les fonctionnalités écologiques.

Page 130 on trouve l’affirmation suivante : [pour les autres groupes tels que les odonates et les lépidoptères, présentant un moindre intérêt on a considéré que ces groupes étaient pris en compte au travers des milieux humides qui les abritent]

Une telle affirmation est inadmissible. L’auteur se soustrait grâce à un sophisme à une démarche de vérification d’une hypothèse qu’il avance. L’étude continue donc sur la base d’une hypothèse invérifiée.

Cela est d’autant plus inacceptable que certains lépidoptères ou odonates peuvent avoir un intérêt biologique supérieur. Certains sont protégés en France, et présentent donc un caractère patrimonial particulier. La convention de Berne de 1979, la directive habitats de 1992 ou encore l’arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des insectes protégés sur le territoire national constituent un corpus normatif imposant des protections supplémentaires pour certains odonates notamment. Les auteurs de l’étude n’auraient pas dû s’abstenir de rechercher la présence de ceux-ci.

L’auteur continue en suivant la même logique sur les reptiles, oiseaux et chiroptères.

Un naturaliste sérieux ne peut accepter un tel raccourci.

Le tableau présenté page 132 de la pièce C pour le dossier plateforme et page 111 pour la desserte, présentant les niveaux d’enjeu de la fonctionnalité biodiversité,  n’est pas correct dans la mesure où seuls les amphibiens ont été analysés. Il montre un état supposé de biodiversité, qui est basé sur une hypothèse que les auteurs de l’étude ne se sont pas donné la peine de vérifier.

En effet, les enjeux en matière de continuités écologiques n’ont été étudiés que pour les amphibiens, alors que les zones humides constituent aussi des continuités écologiques pour bon nombre d’autres espèces. Les amphibiens ont certes des zones de déplacement limitées, ce qui justifie que les continuités écologiques soient recherchées dans l’étude sur de courtes distances, mais d’autres espèces supposées présentes, inféodées aux zones humides, ont des déplacements bien plus importants.

Par exemple, les chiroptères utilisent les zones humides comme zones de chasse, mais peuvent se reposer dans des zones boisées, et utiliser encore une autre zone pour se reproduire. Dès lors, les zones humides ont une importance fonctionnelle considérable pour les chiroptères, et l’absence totale d’analyse concernant ce taxon décrédibilise complètement les résultats concernant les « notes » que les auteurs de l’étude ont données aux zones à compenser.

L’étude utilise des données partielles, et non vérifiées. Les conclusions auxquelles elle aboutit ne peuvent être prises au sérieux par les associations de protection de l’environnement.

Le tableau page 134 du dossier plateforme et les chiffres délivrés page 112 du dossier desserte croisent deux synthèses de données incomplètes et aboutissent inévitablement à des résultats incompréhensibles.

Concernant l’inventaire des espèces présentes, page 157 de la pièce C du dossier plateforme, l’étude affirme d’une manière péremptoire qu’il n’est pas possible que des mollusques puissent vivre dans les cours d’eau impactés, et se dispense par conséquent de tout inventaire de la présence de mollusques. Ce parti pris n’est ni sérieux ni admissible.

L’inventaire possède aussi une grave lacune concernant l’absence de prospection de présence de la loutre. Il est pourtant avéré que la loutre fréquente le territoire impacté par le projet. Le groupement mammalogique breton a ainsi mis en évidence dans le cadre de collectes de données et de la réalisation d’un atlas des mammifères bretons des éléments attestant de la présence de la loutre, mammifère semi-aquatique, inféodé aux milieux aquatiques, dans les bocages au nord de l’agglomération nantaise.

Vous pouvez trouver la carte de la répartition de la loutre en Bretagne ici : http://www.gmb.asso.fr/cartes/Carte_Lulu.html

Concernant les espèces piscicoles :

Page 158 (pièce C dossier plateforme).

Les associations de protection de l’environnement ne comprennent pas là aussi pourquoi les inventaires faits par l’ONEMA en aval du périmètre du site de l’aéroport n’ont pas été complétés par des inventaires sur le site lui-même. L’étude sous-entend qu’aucun inventaire d’espèce piscicole n’a été effectué sur le site, ce qui est un manque grandement préjudiciable à la connaissance de l’état initial du site. La justification page 159 d’un étiage important ayant empêché une bonne prospection des cours d’eau en mai 2011 n’est pas sérieuse et acceptable dans la mesure où la solution possible à ce problème d’étiage aurait été de revenir prospecter le site à une autre période de l’année, ce que se sont abstenus de faire les auteurs de l’étude.

Pages 163 et suivantes, l’étude conclut avec un tableau résumant les enjeux biologiques espèces par espèces. Il manque dans ce tableau une analyse du rôle de chaque espèce dans l’écosystème unique et les conséquences de leur destruction / déplacement sur l’écosystème, ce qui fausse d’avance le niveau d’enjeu. Comme nous l’avons déjà relevé plus haut, les prospections sont largement insuffisantes concernant certaines espèces, ce qui fausse encore plus la définition des enjeux biologiques.

-> Ainsi l’analyse de la biodiversité, largement tronquée par le renvoi à un dossier de demande de dérogation à la destruction d’espèces protégées qui n’est pas accessible au public, néglige de très nombreux enjeux en se concentrant sur l’étude des amphibiens. L’absence de prise en compte, notamment, des chiroptères, de la loutre et des espèces piscicoles est une grave lacune du dossier s’agissant de la mise en évidence des fonctionnalités des zones humides impactées.

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Photo P. Chefson – Bretagne Vivante / Loutre d’Europe


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Des témoignages sur la journée du 13 janvier

Petit naturaliste amateur, j’ai eu le grand bonheur, hier, de parcourir landes et prairies humides, heureux de traverser un monde encore libre. L’envol d’un hibou des marais a été à la fin du périple une belle épiphanie. Merci au patron de l’équipée, très pointu en botanique et en hydrographie. Je reviendrai dans un mois avec mes petits moyens. Merci aux combattants. JM du 29.

Pour ma part, j’ai passé un moment partagé entre l’exaltation et la consternation. Exaltant, parce que petit à petit on y apprend beaucoup de choses sur cette nature qu’il faut absolument défendre, consternant parce que le sort qui lui est réservé à NDDL est effrayant. On aurait tendance à baisser les bras devant les tout-puissants d’en face mais il ne faut pas, çà vaut la peine de se battre. J’espère apprendre bien plus encore et surtout être utile au mouvement et à ce bel environnement proche de chez moi. Vivement le prochain RV et que les groupes soient structurés, le seul problème de dimanche c’est que nous étions si nombreux que la coordination était un peu compliquée. Véronique

Participation au-delà des espérances en ce petit matin de janvier, pourtant brumeux et froid. Plus de 200 passionnés de nature réunis pour explorer les richesses de la campagne autour de NDDL. Si le terme de « naturaliste » ne pouvait raisonnablement pas s’appliquer à beaucoup de participants (dont je fais partie), la curiosité et la motivation ont compensé le manque de connaissances chez les néophytes.

Bravo aux organisateurs : moins d’une demi-heure après le RV, les équipes étaient déjà sur le terrain, cartes et stylos à la main, avec une démarche claire préétablie : repérer tous les lieux potentiels de biodiversité : talus arborescent continu (les TAC n’ont plus de secrets pour moi !), ruisseaux, mares, prairies humides, arbres creux, etc.

Ceux qui avaient l’œil ont permis aux autres de repérer les multiples traces de vie animale, même au cœur de l’hiver. Des poils de sangliers laissés dans les bauges aux déjections de chouette, en passant par les grimpereaux accrochés aux troncs et sans oublier le chevreuil qui a décollé à quelques mètres de nous. On préfère ce type de décollage à celui d’un A 320…

Deux conseils pratiques aux futurs participants :

– choisir une hauteur de bottes suffisante : NDDL est définitivement une zone humide, ceux qui sont revenus avec des chaussettes mouillées le confirment !

– préférer des vêtements à poches plutôt qu’un sac à dos (le pique-nique peut rester dans les voitures si on y retourne pour déjeuner). Passer à travers les clôtures avec un sac sur le dos, ce n’est vraiment pas pratique !

Un grand merci à tous ceux qui ont contribué à faire de cette journée une vraie réussite ! Pascale

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Rendez-vous dimanche 13 janvier

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Nous avons reçu de très nombreux messages depuis trois semaines à l’adresse du contact de ce blog (naturalistesenlutte at gmail.com). Visiblement l’initiative du collectif mobilise. Tous ceux qui ont souhaité participer sont inscrits sur une liste de diffusion qui permet d’envoyer des informations (demandes de covoiturage, détails d’organisation).

Voici quelques réponses aux questions les plus fréquentes :

– L’opération se déroulera sur la journée après un moment de coordination. Les groupes thématiques effectueront une reconnaissance du terrain et, selon les possibilités, de premiers inventaires. Chaque groupe disposera de cartes et fiches préparées par les coordinateurs qui se réunissent mercredi 9.

– Aucune connaissance particulière n’est requise puisque, dans certains cas, il faut des personnes pour prendre des notes, compter, vérifier, etc. Les photographes, vidéastes, dessinateurs et rédacteurs auront aussi du travail pour la valorisation de l’opération. Tous ceux qui ont dit qu’ils avaient une spécialité particulière ont été signalés au coordinateur (entomo, batraco, bota, ornitho, géol/eau, carto, chiro et communication).

– Ci-joint des cartes dressées lors de l’étude de 2002.

– Chacun devra être autonome pour son repas et ses bottes.